L’Europe doit se bouger !
Mettez un vrai passionné d’automobile au Salon de Pékin, et vous pouvez être sûr qu’il sera déprimé à la fin de la journée. Mettez-y un ingénieur Apple ou un influenceur en quête de belles photos, il sera au paradis !
Car les voitures en Chine, c’est quoi ? Si on oublie les copies plus ou moins discrètes où l’on croit voir des Range, des BMW ou même des Ferrari à chaque coin d’allée, il y a quelque chose d’encore plus frappant : on a l’impression que les voitures doivent tout faire… sauf rouler !
Pendant dix jours, on nous a parlé de voitures autonomes, de robots, d’intelligence artificielle, de technologies dont on ne se servira probablement jamais. Par contre, la puissance ? Le châssis ? Traction ou propulsion ? Peu importe : il y a un grand écran !
Et plus on avance, plus quelque chose devient étrange. On ne parle plus vraiment d’automobile. On parle d’écosystème, de mobilité intelligente, d’expérience utilisateur, de connexion émotionnelle homme-machine. À un moment, j’ai même commencé à me demander si j’étais encore dans un Salon automobile ou dans une conférence sur le futur de l’humanité.
Puis, j’ai compris que les Chinois avaient définitivement quitté le monde automobile, alors qu’ils sont en passe d’en devenir les principaux acteurs ! Cela faisait déjà des heures que nous étions assis sur des chaises à admirer à quel point les voitures du groupe Chery sont extraordinaires. Slide après slide, révolution après révolution, innovation après innovation. Et là, au milieu d’un PowerPoint, une phrase apparait : « Nos voitures vous font de beaux cheveux et une belle peau ». Oui, vous avez bien lu ! Je ne sais pas qui a validé ça. Je ne sais pas à quel moment quelqu’un s’est dit : « Oui, ça, ça va faire vendre ». En Europe, nous avons encore un peu envie de vraies voitures. Pas de sèche-cheveux ou de routine beauté. Et pourtant, pendant que nous, Européens, on rigole parfois devant ce genre de choses, eux avancent à une vitesse terrifiante. Lorsqu’on demande au CEO du groupe Chery en combien de temps ils peuvent créer une voiture et la mettre sur la route, la réponse fuse : deux ans !
Après dix jours passés à visiter des usines, rencontrer le personnel et rester assis des heures à écouter leurs stratégies, cela donne presque l’impression qu’une voiture est dessinée le lundi, validée le mercredi et commercialisée le vendredi. Tant qu’il y a trois écrans et un design moderne, le reste semble presque secondaire. On ne vous parle plus de châssis, de comportement routier ou de plaisir de conduite, mais surtout de tout ce que la voiture fera pendant que vous ne conduirez plus. !
Nous avons également été invités à la soirée célébrant le million de ventes d’Omoda et Jaecoo en seulement trois ans. Cela parait énorme, mais non. Leur nouveau slogan ? « De 1 million en 3 ans à 1 million par an ! » Et ils vont probablement y arriver. Pendant que l’Europe discute encore, eux avancent à une vitesse impressionnante. Et leurs voitures sont tout sauf invendables !
Nous avons par exemple essayé l’ICaur V27, qui devrait arriver en Belgique d’ici deux ans. C’est une copie presque parfaite d’un nouveau Defender. L’intérieur est sublime et toutes les technologies que vous pouvez imaginer sont présentes. Le tout pour environ 20.000€ en Chine. Donc moins de 50.000 en Europe. Lorsqu’un Defender sans options démarre autour des 70.000 euros, on comprend rapidement où cela va coincer. Le problème d’une copie réussie, c’est qu’à un moment elle devient simplement une alternative. Parce qu’au final, la majorité des acheteurs ne se demandera pas si une voiture possède une âme ou une histoire vieille de plusieurs décennies, elle regardera le design, les équipements et, surtout, le prix.
Le problème n’est pas non plus qu’ils fabriquent des voitures en expliquant que ce sont tout sauf des voitures. Le problème, c’est qu’ils fabriquent peut-être simplement celles que les gens veulent acheter !
