Comment Xpeng réinvente l’automobile

il y a 6 h

Les voitures chinoises sont le dernier sujet de conversation à la mode en Europe. Entre mythes et réalité, le secteur automobile de l’Empire du Milieu tisse sa toile, irrémédiablement. Auto Trends a pu prendre la mesure de l’offensive qui se concrétise, notamment en rendant visite à un acteur majeur : Xpeng. Oubliez vos préjugés !

Nous nous situons près de Canton (Guangzhou en chinois). C’est là qu’opère Xpeng (prononcez chao-peng). Les responsables de la marque nous entraînent à la découverte de leur nouveau siège social, inauguré au cours de l’été 2025. Le site ressemble à un campus ultra-moderne, avec son architecture contemporaine et ses façades vitrées. Les abords ne sont même pas encore totalement terminés, ce qui n’empêche pas un va-et-vient permanent de (jeunes) employés et le défilé d’une noria de prototypes camouflés destinés à valider les dernières évolutions de la gamme.
Au pas de charge, nous découvrons le flagship store, un showroom qui déploie l’ensemble des modèles, un espace de merchandising présentant miniatures et vêtements brandés (dont les Chinois raffolent manifestement), un musée qui rappellent l’histoire récente de la marque (elle a été créée il y a à peine quelques années…) avec l’inévitable display exhibant les nombreux brevets déposés par l’entreprise. Sur ce site aménagé en dehors de la ville de Canton (une cité qu’on peut facilement confondre avec un immense Times Square new-yorkais la nuit !), Xpeng a également dédié un bâtiment à sa deuxième marque, Aridge, chargée de commercialiser, dès 2026, des voitures volantes. La Chine n’est définitivement pas le pays des hypothèses, mais bien celui de la réalité. Chez Xpeng, le mot d’ordre est : nous ne sommes pas un entreprise automobile, mais une pépite de la « tech » !

Armée d’ingénieurs

Chez Xpeng, on s’approvisionner auprès de leaders mondiaux de l’équipement, affectant ses propres talents à développer la technologie qui fera la différence, comme les puces ultrapuissantes baptisées « Turing Chip », qui démultiplient les capacités de « réflexion » du châssis VLA 2.0  (lire l’encadré à ce sujet) sur base duquel les modèles Xpeng sont construits. Dans l’usine Xpeng de Canton, qui opère avec un silence quasi inédit dans le secteur et sur un mode rappelant le système WCM (World Class Manufacturing) mis en place chez Fiat Chrysler, on dénombre peu d’ouvriers sur les lignes de production, les tâches les plus difficiles (presse des éléments de carrosseries, soudures, etc.) étant automatisées ou robotisées, tandis que les fonctions les plus sensibles continuent à être laissées entre des mains humaines, comme les contrôles de qualité en fin de ligne de production.
Encouragés par les autorités chinoises (qui ne mettent donc pas des bâtons « administratifs » dans les roues des entreprises !), les constructeurs peuvent ainsi expérimenter toutes les hypothèses pour se développer. Décidément, des usines aux véhicules, la Chine, à commencer par Xpeng, est réellement en train de changer le cap de l’industrie automobile !

Comme Apple…

Fondée en 2014, Xpeng se définit comme une entreprise de la tech. Le créateur de la marque HE Xiaopeng, CEO de Xpeng, se compare volontiers à Steve Jobs, pour expliquer comment il a eu l’idée de lancer son entreprise dans un garage, comme le légendaire entrepreneur d’Apple. Ingénieur avant tout, il pilote son entreprise comme un laboratoire qui invite les meilleurs universitaires à développer les technologies de demain…

La force de Xpeng tient en un nom de code : VLA 2.0 — pour Vision, Language, Action. Derrière celui-ci, se cache l’une des architectures d’IA embarquée les plus ambitieuses du moment. Conçu comme un « grand modèle » du monde réel, VLA 2.0 s’appuie sur des centaines de milliards de paramètres, une échelle comparable à celle des modèles utilisés dans l’IA générative. Cette ampleur lui permet de comprendre des environnements complexes, d’anticiper des comportements humains et d’agir en temps réel, dans des conditions de circulation souvent imprévisibles.
Pour fonctionner, ce modèle repose sur une nouvelle génération de microprocesseurs développés en interne : les Turing AI Chips, capables d’atteindre 2250 TOPS (téra-opérations par seconde). Cette puissance de calcul est nécessaire pour exécuter l’ensemble du modèle à bord du véhicule, sans dépendre d’un cloud externe — un choix essentiel pour la sécurité, la latence et la fiabilité. Nous avons d’ailleurs pu le tester en conditions réelles à bord de la P7+ déjà commercialisée en Europe. Comme le dit Sven De Smedt, responsable du marketing européen : « La voiture autonome passe par une puissance de calcul extrême. L’automobile change ainsi d’ère, passant de celle du horsepower (la puissance exprimée en chevaux) à celle du brainpower (sa capacité intellectuelle) ! »

Xpeng revendique une expérimentation massive : l’équivalent de dizaines de milliers d’années de conduite humaine, compilées à partir de millions de kilomètres parcourus dans des environnements réels. Cette base de données gigantesque permet au système d’apprendre à gérer non seulement des situations routières classiques, mais aussi des cas rares, comme des comportements inattendus de piétons, la signalisation altérée ou les rues très étroites qui caractérisent de nombreuses villes asiatiques et européennes. C’est d’ailleurs dans ces environnements réduits que VLA 2.0 illustre le mieux sa valeur, avec un mode « Narrow Road NGP » présenté comme treize fois plus performant que la génération précédente.

Une technologie incroyable

L’un des atouts les plus stratégiques réside dans la capacité d’évolution du système : Xpeng affirme pouvoir mettre à jour l’ensemble de la « chaîne IA » tous les cinq jours, grâce à une infrastructure complète maîtrisant l’entraînement, la validation et le déploiement. Cette cadence inhabituelle, qui s’apparente davantage au rythme des géants du numérique qu’à celui des constructeurs automobiles traditionnels, donne au modèle une plasticité unique pour s’adapter à de nouveaux pays, de nouvelles réglementations ou de nouveaux scénarios de conduite. VLA 2.0 introduit également une approche inédite : un cheminement créant un passage direct de la perception à l’action, sans passer par la traduction linguistique ou symbolique classique. Pour Xpeng, c’est la clé d’un comportement plus humain, plus intuitif, plus fluide — une IA qui réagit plutôt qu’elle ne déduit. Enfin, Xpeng assume une stratégie d’expansion mondiale : VLA 2.0 n’est pas seulement destiné à ses propres véhicules. Le système sera licencié à d’autres constructeurs, Volkswagen étant déjà désigné comme premier partenaire. À terme, VLA 2.0 pourrait donc devenir l’équivalent automobile d’un « système d’exploitation » partagé (comme le système OS d’Apple par exemple), une couche cognitive commune sur laquelle des marques du monde entier bâtiront leurs produits !

Mots-clés: Insolite

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