Les 6H de Spa promettent des 24H du Mans exceptionnelles
Dix protos en six dixièmes en qualifications, cinq en lutte pour le podium dans les derniers tours, les huit marques en sept dixièmes sur les meilleurs tours en course, soit tout le monde dans le même dixième au kilomètre, cette fois on peut dire que les responsables de la fameuse BOP (chut on ne peut pas en parler) on fait du top travail. Certes, cela a un peu grincé des dents chez Ferrari et Toyota, fort bridées après la première course d’Imola, mais au final quasi tout le monde a eu sa chance de monter sur le podium.
Robin Frijns et René Rast pointent en tête du championnat, BMW chez les constructeurs, qui aurait parié cela vendredi soir ? Comme quoi, la réalité d’un week-end n’est pas celle du suivant en WEC. Mieux encore, celle d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain.
Les huit constructeurs en sept dixièmes
Analysons un peu les chronos des meilleurs tours en course pour se rendre compte du niveau de chacun. Peugeot a confirmé sa pole de la veille avec le meilleur tour en course signé par Stoffel Vandoorne en 2.04.177. Il précède l’Aston Martin Valkyrie qui a enflammé Francorchamps par sa sonorité en 2.04.334, BMW en 2.04.391 et… Genesis en 2.04.525. Pour sa deuxième course seulement, le constructeur coréen pointe à 3,5 dixièmes au tour. C’est beaucoup mieux que cela que l’on avait prédit !
Suivent Ferrari (2’04.569), Toyota (2’04.798), Cadillac (2.04.848) et Alpine (2’04.878). Comme quoi il est tout à fait possible de mettre tout le monde dans une fenêtre d’une seconde une seconde et demi maximum au Mans.
Les résultats de ce week-end annoncent un match très serré dans la Sarthe et des 24H palpitantes pour autant que la BOP et la politique qui se cache trop souvent derrière n’avantagent pas trop une ou deux marques.
On sait que la Balance de Performances change d’un tracé à l’autre, en fonction des résultats de la course précédente et que de nombreux paramètres sont pris en compte. Des calculs très savants pour essayer de trouver la formule magique, celle qui passionnera les foules et offrira le meilleur spectacle quitte à gommer quelque peu l’avantage sur papier de certains constructeurs comme Ferrari qui possède, sans aucun doute avec la 499P, la meilleure Hypercar sans BOP.
Peut-on espérer après le doublé de Spa voir BMW jouer les trouble-fête voire la victoire au Mans ? Un ex-pilote de F1 nous disait samedi soir en quittant le circuit qu’ils étaient quasi les seuls à ne pas avoir trop caché leur jeu en vue des 24H. Nous ne croyons pas à cette théorie. Tout d’abord car tous les constructeurs sont engagés dans un championnat où chaque point, chaque podium compte.
Ensuite car la BOP du Mans est totalement différente de celle du reste du WEC. On ne se basera donc pas nécessairement sur les résultats et les données de Francorchamps pour tenter de mettre le plateau à l’équilibre. Car la piste est très spécifique avec ses longues lignes droites, les enjeux commerciaux et autres aussi.
Gageons par exemple que Ferrari, lauréate des trois dernières éditions et fort bridée en Belgique, y sera à nouveau en lice pour la victoire. Tout comme Toyota, victorieuse à Imola.
Les LMH japonaises et italiennes sont les valeurs sûres. Qui pourra arbitrer leur duel ? Les Françaises ? Peugeot est rapide sur un tour, mais n’était pas performante sur les deux dernières éditions. Il serait temps que le marque au Lion revienne dans la lutte pour la victoire en terre mancelle. Ce sera peut-être la dernière occasion pour Alpine de briller à domicile et de renouer avec le succès d’antan. Les A424 ont fait bonne impression du côté de l’Eau Rouge même si au final elles sont rentrées bredouilles. De la faute principalement d’Antonio Felix Da Costa qui a perdu le contrôle à deux reprises.
Cadillac a montré de belles choses encore, mais comme souvent est rentré sans trophée. C’est au niveau de l’exécution souvent que le bât blesse du côté du constructeur américain où Alex Lynn, convalescent, pourrait à nouveau être remplacé par Louis Deletraz.
BMW va aborder Le Mans plus sereinement
Aston Martin a offert à la Valkyrie son meilleur résultat en WEC en échouant au pied du podium. Le plumage du proto britannique vaut son ramage et cela va exciter les fans britanniques. De là à jouer la victoire finale, il y a évidemment un pas que nous ne franchirons pas. Idem bien sûr pour Genesis qui s’apprête à disputer ses premières 24H du Mans. Mais globalement le proto coréen est fiable et déjà rapide. Un nouveau Top 10 ne sera certainement pas à exclure.
Reste BMW. Après le week-end dernier, certains se mettent à espérer voir la M V8 Hybrid signer un exploit 27 ans après la V12 de Martini-Dalmas-Winkelhock.
Honnêtement, ce n’est pas impossible, dépendant de la BOP spécifique qui leur sera attribuée. Au Mans, on sait qu’il faut de la vitesse de pointe dans les Hunaudières. Et sur 24h, le moindre passage sur les roulettes et dans les stands peut vous éliminer de la course pour la victoire. Il faut une fiabilité à toute épreuve, le point fiable de la firme munichoise lors des deux dernières éditions.
Mais une chose est certaine, le doublé de Spa va donner un sacré coup de boost à l’équipe liégeoise et au constructeur allemand sur lequel on compte pour faire oublier l’absence de Porsche. La pression commençait à devenir énorme. Désormais, l’objectif principal de la saison a déjà atteint. Ils détiennent leur premier en succès. Cela va permettre à tout le monde de travailler plus sereinement, sans la crainte de voir le programme s’arrêter si les résultats ne suivent pas.
Une chose semble certaine, si Ferrari et Toyota restent nos favoris pour les 24H, un podium est aujourd’hui un objectif réaliste pour BMW devenu sans doute un des outsiders les plus crédibles au Mans avec Cadillac.
LMGT3, du Pro-Am Mondial
Un dernier mot sur le championnat LMGT3 Pro-Am bien loin d’offrir, hélas, le spectacle que l’on peut voir en GT World ou même en IMSA avec le GTD Pro.
Lors des qualifs et des premières heures ce sont les qualités des « gentlemen drivers » qui font plus la différence que la perfo des voitures. Et là, on doit souligner le super job de notre compatriote Tom Van Rompuy qui devient doucement une des références parmi les Bronze.
Ensuite, la hiérarchie change complètement avec la montée en piste des pros. Cela implique des écarts plus réduits et l’importance à ce moment du matériel. Ainsi, on a vu une McLaren s’imposer alors qu’elle était partie 15ème et la Porsche 3ème à l’arrivée n’avait pas été qualifiée non plus pour l’Hyperpole.
Pour les GT3, les 24 Heures du Nürburgring le week-end prochain avec une vingtaine de voitures pouvant jouer le podium (et plus de 60 pilotes officiels !) et bien sûr les 24H de Spa restent clairement la référence.
Photo WRT


