Le Nürburgring, plus belle course de 24H au monde !
On ne sait pas vous, mais on a adoré suivre cette 54ème édition des 24H du Nürburgring, une véritable ode au sport automobile tel qu’il devrait être et rester. Un défi permanent où chaque tour est différent, dangereux et peut tourner à la catastrophe. Une épreuve où chaque participant qui franchit la ligne d’arrivée peut être fier et heureux. Et se qualifier de « Ringmeister ». Ici ceux que l’on surnomme amateurs ne sont généralement pas des milliardaires mais des passionnés qui préparent leur auto durant des mois et cassent leur tirelire pour participer à l’événement de l’année. D’ailleurs ici, on les repère très vite ceux que l’on surnomme les « gentlemen drivers ». Car ils ne pointent pas à deux secondes au tour des meilleurs, mais facilement dix ou vingt voire plus. Car la moindre erreur ou approximation peut être fatale.
Le Nürburgring c’est avant tout un circuit mythique avec ses 25 km et 140 virages. Ici, un pilote ne se repose jamais. Chaque tour demande une concentration extrême, de par la configuration du circuit avec des virages très rapides, sans dégagements, avec des rails et des arbres toujours proches, mais aussi en raison du trafic et de la différence de vitesse entre les GT3 et des voitures de petits amateurs comme les Toyota Yaris GR, la Dacia (l’une des chouchoutes) ou une Opel Corsa tournant trois minutes au tour moins vite !
Le respect de la piste et ses limites
Ici, tout le monde respecte la piste et ses limites. On ne voit jamais de pénalités pour « track-limits » comme partout ailleurs, y compris à Francorchamps qui, excusez-nous (et nous sommes pourtant belge) est un magnifique circuit, mais paraît un jeu d’enfants sans gros risque pour les pilotes débarquant demain de la Nordschleife pour participer au prologue de nos 24 Heures.
Vu la configuration du circuit, les vitesses atteintes, la différence de niveaux entre les pilotes et les voitures, le Nürburgring est clairement la piste la plus dangereuse au monde. Il y a d’ailleurs eu un accident mortel lors de la dernière épreuve qualificative pour les 24H. Mais ici, on ne confond pas sécurité des pilotes et celle du directeur de course sortant trop souvent son parapluie. Ici quand il pleut un peu beaucoup, on ne sort pas de « safety car » ou de drapeau rouge. Quand il y a un gros crash, on neutralise la zone à 60 km/h, on répare les rails, on dégage la voiture et la course continue sur le reste du circuit. Quand des voitures sont régulièrement ramenées sur des dépanneuses, on met simplement un drapeau jaune et l’on voit des bolides les doubler 100 km/h plus vite. Surréaliste dans le sport auto moderne !
Slalom géant
La différence de vitesse entre des autos de 27 catégories différentes offre un spectacle hallucinant. On frôle l’accident deux ou trois fois par relais. Souvent cela passe, parfois cela casse. Mais globalement il y a du respect dans les deux sens, les plus lents jouent parfaitement du clignotant et les plus rapides se faufilent comme ils peuvent dans ce slalom géant où chaque porte est un concurrent passionné jouant comme lui sa vie.
Le système des « Slow Zones » que l’on devrait adopter très vite aux 24H de Spa pour éviter de trop longues et ennuyeuses neutralisations fonctionne très bien même s’il a donné lieu à un crash éliminatoire entre l’Audi R8 de Alexander Sims et la Mercedes de David Pittard. Mais ce n’est pas pour cela qu’il sera remis en questions. Même si, c’est vrai aussi, il fausse de temps en temps un peu la course en créant ou résorbant des écarts car le leader peut par exemple passer dans une Slow Zone retirée un peu plus tard pour ses poursuivants. Ou l’inverse.
Un festival très folklorique
Ensuite, il y a le public, magique et surtout folklorique. Mais discipliné aussi. Imagineriez-vous un jour voir les fans sur la piste du Mans à quelques minutes du départ et remonter ensuite derrière le grillage ? On ne peut voir cela qu’au Nürburg où l’on assiste durant cinq jours voire une semaine à une fête digne d’un grand festival de musique. Les images du tour de chauffe durant vingt minutes donnent le frisson. Fumigènes, feux d’artifices, drapeaux, une ambiance inégalée. Et la nuit, cela devient tout simplement magique, l’odeur et la fumée des barbecues se mêlant à celles des feux de Bingale tirés aux quatre coins du circuit durant des heures. Une vraie fête foraine, une discothèque géante, un spectacle son et lumière qui enthousiasme les puristes, mais aussi les non amateurs de sport automobile. Tout au long des 25 km ceinturant le toboggan naturel de l’Eifel on voit des choses improbables sur un circuit automobile, pas seulement des salons entiers, des campements et échafaudages en tous genres, mais aussi des piscines, balançoires, certains plantent des fleurs pour la semaine devant leur Van, d’autres ont amené leur aquarium et leurs poissons, certains font sécher à une corde des sous-vêtements essentiellement féminins, tout est fait pour rire et attirer l’attention dans une ambiance bon enfant et de franche camaraderie qu’ont dû adorer les dizaines de milliers de fans néerlandais venus faire la fête à Max Verstappen.
Attaque totale de Verstappen
Parlons-en du quadruple champion du monde de F1. Sa présence a permis d’établir un nouveau record d’affluence : Les organisateurs ont annoncé 352.000 spectateurs sur l’ensemble du week-end. On ne sait pas vraiment ce que signifie ce chiffre et comment ils comptent. Mais l’événement était sold-out. Et on peut vous garantir qu’il y avait plus de monde tout au long des 25 km que jamais vu sur une autre course, excepté peut-être les grandes années des 500 Miles d’Indianapolis.
Max s’est régalé sur ce circuit pour « grands garçons » où son talent, sa confiance et sa prise de risques supérieure à la moyenne ont fait la différence. Il n’a pas gagné certes, mais il a impressionné. Il reviendra, c’est sûr, et on ne serait pas étonné que d’autres stars suivent son exemple. On pense à Fernando Alonso (sur une Aston), Andrea-Kimi Antonelli (en Mercedes bien sûr) ou Valentino Rossi (avec BMW).
Certains diront que les Mercedes bénéficiaient d’une meilleure Balance de Performances car tout était fait pour que Max gagne. C’est possible. Et certainement probable quand on voit comme les Porsche et BMW notamment étaient impuissantes.
Mais les faits de course et l’élimination de plusieurs favoris en début d’épreuve (notamment l’Audi de Haase, la Porsche Manthey de Estre et la Ferrari 296) ont joué en leur faveur. Et l’apparition de la pluie leur a permis de creuser l’écart. Grâce au pilotage cinq étoiles de Max, mais aussi à des « Slow Zones » chanceusement évitées. C’est comme cela que cela fonctionne au Nürburgring où le temps perdu ne se rattrape jamais. Il n’y a pas de voiture de sécurité pour regrouper tout le monde et relancer la course. Donc c’est vrai, il n’y a pas eu beaucoup de suspense lors de la deuxième moitié de cette édition.
La rivalité interne a-t-elle coûté la victoire à Verstappen ?
Les Mercedes Winward auraient dû signer le doublé. Si elles ne l’ont pas fait c’est sans doute en raison de la rivalité interne. Les deux Benz se sont longtemps tirées la bourre. Maro Engel, lui aussi Monégasque et référence du GT3, a voulu montrer qu’il était du niveau de Verstappen. Les deux hommes se sont livrés bataille et ont roulé littéralement roues contre roues. Était-ce bien nécessaire quand on a trois minutes d’avance sur ses plus proches poursuivants ? Plusieurs fois, Max a frôlé la correctionnelle. Et si c’est à chaque fois passé, la mécanique a souffert. 24H ce n’est pas un GP de F1. Il faut aussi savoir ménager un peu la mécanique, même si tout le monde sait bien que les 24H aujourd’hui s’apparentent plus à un long sprint. Mais prendre autant de risques quand on est en tête avec la meilleure auto peut paraître parfois inconsidéré. Mais cela offre de superbes réels sur Instagram !
L’autre grande vedette de ce double tour d’horloge était incontestablement la BMW M3 Touring 24H qui aura fait le Buzz du poisson d’avril 2025 à l’arrivée des 24H 2026 au cinquième rang absolu. D’ailleurs, un sondage des organisateurs auprès du public révèlent que le break baptisé ici « Kombi » était la voiture préférée des fans devant la Mercedes Red Bull #3 de la star Verstappen.
La M3 Touring préférée du public allemand
Son résultat était-il aussi inespéré que cela ? Certainement pas pour BMW Motorsport qui engageait la voiture et a fait de ce projet un énorme succès médiatique. On a plus parlé et vu dans le monde entier la M3 Touring que le premier doublé des Hypercar V8 M Hybrid à Spa. Le constructeur allemand rêvait d’un podium absolu, surtout après l’élimination de quelques favoris. Et après avoir vu en début de soirée l’Américain Connor de Phillippi doubler audacieusement en un km les deux Mercedes de Gounon et Stolz. Hélas, le « break de chasse » a perdu le contact avec la tête suite à une pénalité de 45 secondes pour vitesse excessive du Ricain sous double yellow et surtout durant l’heure et demi de roulage sur piste humide avec des pneus Yokohama pas au niveau des Michelin. Mais difficile de les critiquer quand c’est un de vos deux partenaires principaux. Cette monture pneumatique et une BOP peu favorable expliquent aussi la course anodine de la M4 du même team Schubert de Charles Weerts.
On espère en tout cas revoir cette M3 break très vite. Ce sera le cas en démonstration et lors des parades du Mans et de Spa (avec l’un de ses pilotes du Ring Ugo de Wilde au volant à domicile ?). Mais les fans voudraient surtout la revoir en course. Elle serait la bienvenue aux 12H de Bathurst en février prochain. Voilà un bel objectif avant de revenir pour la gagne au Ring en 2027. Et pourquoi pas au Mans dans le Garage 56 ? Tout dépendrait de son propriétaire, un milliardaire qui a financé sa construction et la voudrait dans son musée personnel. Elle a clairement pris beaucoup de valeur ce week-end. Et en prendrait encore plus en participant à d’autres courses. Même si certains préfèreraient que sa participation reste à l’image de cette voiture aux performances extraordinaires : unique ! L’avenir nous en dira plus, mais gageons que la « Kombi » n’a pas fini de faire le « buzz ». Elle a en tout cas éclipsé les performances des autres BMW.
Lamborghini aurait pu s’imposer pour la première fois
Lamborghini et Aston Martin ont signé leur meilleur résultat lors des 24H du Ring. Sans la crevaison du premier virage lui coûtant d’emblée deux minutes, la Huracan de Engstler-Bortolotti-Niederhauser aurait pu offrir à la marque son premier succès dans l’Eifel. Leur remontée a été extraordinaire. Mais leur vitesse de pointe par rapport à la concurrence était anormale (allez oui, on parle quand même un peu de BOP).
L’Aston Martin Walkenhorst aurait dû terminer à moins d’une minute vingt-six (le temps de la pénalité de la Lambo pour vitesse très excessive dans une Slow Zone) de la Huracan Red Bull pour décrocher le premier accessit. Mais une Slow Zone à un km de l’arrivée, avec une voiture arrêtée dans la dernière ligne droite, leur a coûté la deuxième place pour quelques secondes seulement.
Les frères Vanthoor vont nous expliquer leur frustration dans leur prochain « podcast ». Leurs voitures étaient trop bridées pour lutter pour le podium à la régulière. Dries tentera de prendre sa revanche au Mans. Laurens devra lui attendre 2027 avant de redisputer des 24H. A moins qu’il soit à nouveau au départ à Zolder fin août.
Mais résultat ou pas, ils ont certainement « kiffé » comme nous chaque tour et chaque minute de ces 24H du Ring que tout fan de sport moteur devrait vivre sur place au moins une fois dans sa vie.
Allez, maintenant on va se passionner pour Le Mans puis Spa qui heureusement ne se dispute plus directement dans la foulée même si 60 GT3 seront à Francorchamps ces mardi et mercredi pour préparer le double tour d’horloge. Ce sera bien aussi, même si différent. Il y aura certainement plus de suspense et de candidats à la victoire dans la dernière heure. Les voitures seront les mêmes, les pilotes aussi avec une soixantaine de pilotes officiels (la liste sera annoncée demain) sans Max Verstappen pour cause de clash avec la F1.
Le rêve après le cauchemar pour Max Martin
Mais ce qui ressemblera le plus à la terrible fête populaire du Nürburgring ce sera certainement la parade du mercredi menant les voitures du circuit au cœur de Spa. De plus en plus dangereuse avec le grand public faisant une haie d’honneur aux GT3 tout au long de la route, mais tellement sympathique et proche des gens.
Merci Nürburgring de nous avoir procuré autant d’émotions et de sensations fortes. Et vivement 2027 pour une nouvelle édition de ce qui est devenu, à nos yeux de puriste, la plus belle course d’endurance au monde. Une épreuve légendaire inscrite au palmarès de Maxime Martin qui rejoint son papa. Un grand bravo à lui. Après une première saison en enfer, « Pushpapy » vit un début de saison de rêve avec Mercedes avec le podium aux 24H de Daytona, la victoire aux 12H de Bathurst puis ici au Ring. Avant le grand chelem au Mans (avec peu de valeur sportive en Pro-Am) et surtout pour un deuxième succès à Francorchamps ? Franchement ce serait génial pour lui. La vie est faite de spirales. Après la négative, Max est de retour dans une très positive. Son succès ce week-end vaut certainement quatre étoiles.
Photo BMW



