Le Belge Paul Colasse fête ses 50èmes 24H du Mans

il y a 1 j Olivier de Wilde

Le créateur du Club Jacky Ickx partage avec nous ses meilleurs et moins bons souvenirs de la classique mancelle qu’il ne raterait pour rien au monde.

Il a découvert les 24H du Mans en 1976 à l’occasion de la 3ème victoire de Jacky Ickx sur la Porsche 936 Martini. Et depuis, il n’a raté qu’une édition sur place, celle de 2020 interdite au public en raison de la crise Covid.

Véritable passionné, le Bruxellois Paul Colasse a créé en 1977 le Club Jacky Ickx qui nous a permis (ainsi par exemple qu’à Thierry Wilmotte du journal Le Soir) de suivre nos premières courses à l’étranger. Aujourd’hui, ce dinosaure de l’endurance est toujours le président très actif de ce club de férus de sport auto rebaptisé International Motor Racing Club et désormais basé à Huy. A l’occasion de sa cinquantième visite dans la Sarthe, notre ami Paul, aujourd’hui âgé de 73 ans, a fait pour nous un exercice de mémoire.

Paul, quel est ton meilleur souvenir des 24H du Mans ?

« Certainement l’édition 1977, la deuxième à laquelle j’assistais sur place et notre premier déplacement avec le Club. Jacky Ickx qui l’avait emporté pour la troisième fois l’année précédente faisait partie des favoris. Il partageait le volant d’une Porsche 936 Martini avec Henri Pescarolo. Hélas, ils ont très vite été contraints à l’abandon. Mais le règlement autorisait à cette époque à un pilote de passer sur une autre voiture du même team. Il est donc passé sur l’autre 936 usine que se partageaient Hurley Haywood et Jurgen Barth. Ils avaient aussi connu des problèmes en début de course et naviguaient au-delà de la 40ème place quand Jacky a pris le volant pour entamer une fantast…ickx remontée jusqu’à décrocher son 4ème succès après avoir roulé durant le maximum autorisé de 14h. C’était un authentique exploit. Il était en état de grâce et a toujours dit qu’il s’agissait de sa plus belle victoire. Quelques jours plus tard, il a défilé sur la Grand Place de Bruxelles avec son proto Porsche. C’était l’euphorie. J’étais là et je distribuais au public des invitations pour rejoindre notre club de supporters des pilotes belges roulant à l’étranger. On ne pouvait pas rêver de meilleur ambassadeur. »

Quel a été à contrario l’édition la plus ennuyante ?

« Toutes les années de domination d’une seule marque. Porsche avec ses 956 en 1986 et 1987, les années Audi puis quand Toyota s’est retrouvée seule. Le Mans c’est avant tout une lutte de marques. Et quand tu sais à l’avance quel constructeur va l’emporter ce n’est pas très amusant. Mais bon, quand tu es un vrai passionné, tu trouves toujours un centre d’intérêt. »

Et la plus palpitante ?

« Il y en a eu pas mal. Je me souviens particulièrement de 1989 avec la bagarre entre les Porsche et les Jaguar. On a vécu aussi quelques belles éditions avec les LMP1 Porsche, Audi et Toyota. J’aimais également bien l’époque des Groupe C. En 1992, il n’y avait que 28 autos au départ pour le WSC, mais c’était une belle course avec la victoire de la Peugeot 905 face aux Toyota et Mazda. »

Ton plus triste souvenir ?

« Certainement 1981 avec le décès de Jean-Louis Lafosse qui avait perdu le contrôle de sa Rondeau dans les Hunaudières. Cette année-là, Thierry Boutsen avait aussi tué un commissaire de piste suite à une sortie de route. Toutes les années où il y a eu des morts ont été tristes : Jo Gartner en 1986, le jeune Enjolras aux essais ou Marco Sorensen en début de course avec l’Aston voici une dizaine d’années. »

Ta voiture préférée ?

« J’ai toujours aimé les voitures un peu spéciales et je dois avouer que ma préférée était la Panoz. J’adorais toutes les Panoz dont j’ai d’ailleurs fait une collection en modèles réduits. Les Jaguar XJR Silk Cut étaient très jolies aussi. J’ai toujours préféré les protos fermés. Aujourd’hui, je trouve que toutes les Hypercars se ressemblent trop. Elles ont toutes une forme similaire. »

Ton coup de cœur ?

« L’année 1980 où nous étions associés via Jean-Paul Libert à l’opération European University avec les Ferrari 512 BP pilotées notamment par Hervé Regout, Pierre Dieudonné et Jean Xhenxeval. On avait un rôle actif avec un team.»

Le plus gros crash ?

« Le double salto arrière des Mercedes dans les Hunaudières sont encore dans toutes les mémoires. Mais moi j’ai surtout retenu l’effroyable crash de l’Audi d’Allan McNish suite à une incompréhension avec le fils Beltoise dans la descente après la Dunlop. A quelques minutes près j’aurais été à l’endroit de cet accident très effrayant. »

Ta plus grande déception ?

«Peut-être la défaite de Laurens Vanthoor l’an dernier pour quelques secondes. Ils avaient fait une superbe course et méritaient de gagner. Cela fait longtemps que l’on attend une nouvelle victoire belge au Mans. »

Ta plus belle rencontre au Mans ?

« Don Panoz car j’admire ses bolides et Romain Dumas, un grand pilote, sympa, simple et attachant avec lequel j’ai eu l’occasion plusieurs fois de bavarder. »

Une anecdote sympa ?

« Dans les années 70 début 80, le Pesage dans la ville du Mans était l’occasion chaque année de découvrir des bolides insolites parfois terminés sur place. Des voitures qu’on ne voyait sur aucune autre course en Europe. C’était le cas en 1981 de la McLaren M12 GT sur laquelle on devait retrouver notre compatriote Hervé Regout. Le team avait débarqué des Etats-Unis avec un mécanicien, une caisse à outils et quatre pneus pour faire les essais et la course. L’auto avait passé la nuit au Pesage pour se mettre en conformité. Puis elle avait fait deux tours aux essais avant que son capot s’envole et qu’ils ne déclarent forfait pour la course car elle était totalement inconduisible et très dangereuse. »

Ton favori pour l’édition à venir ?

« C’est très ouvert et difficile à dire avant les premiers essais. J’ai toujours un faible bien sûr pour les pilotes et teams belges. Donc j’espère une victoire BMW avec WRT et Dries Vanthoor. Ce serait génial. On peut aussi toujours espérer un exploit de Stoffel Vandoorne pour fêter les cent ans de la première participation de Peugeot. On dit souvent que cela dépend de la BOP, mais avec autant de bons équipages et de voitures compétitives ce n’est jamais joué d’avance. La course reste la course. Tellement de choses peuvent se passer. Il faut passer à travers tout pour réussir à s’imposer. On dit souvent que Le Mans choisit son vainqueur. »

Photo Paul Colasse

Mots-clés: Endurance Sports Moteur

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