GT World Challenge : Quelques réflexions après le big bang de Monza et avant les 24H de Spa

il y a 2 j Olivier de Wilde

Des sanctions plus sévères lors des départs, moins de temps perdu lors des procédures SC, plus de respect des drapeaux bleus.

On n’a pas fini de parler des effroyables crashes de la première chicane à Monza, ceux du départ et de l’arrivée qui ont occasionné plusieurs millions de dégâts et auraient pu avoir des conséquences dramatiques en plus d’avoir complètement faussé la course. La victoire d’une Audi (la première depuis quatre ans) d’un équipage Silver est juste sympa pour l’équipage en question et pour le team Attempto, mais ce podium n’a aucune valeur sportive. C’est un peu comme si on avait tiré les trois équipages au sort. A l’exception sans doute de la #48 des leaders du championnat Auer-Engel-Stolz qui aurait dû l’emporter après avoir évité les deux gros carambolages à chaque fois grâce à un réflexe incroyable du pilote. Chapeau à eux. N’empêche, à l’issue d’un tel carnage et d’un simulacre de course dont un tiers a été neutralisé avec une arrivée sous voiture de sécurité, il faut tirer les leçons qui s’imposent.

1.        Des sanctions plus sévères pour les crashes au départ : On a toujours trouvé très stupides les pilotes qui s’accrochent au départ d’une course d’endurance. On peut juste perdre la course au premier virage voire premier tour et jamais la gagner. Pour tempérer les ardeurs de certains et éviter que cela se reproduise encore, il faut prendre des mesures encore plus strictes. Quand on arrive sur un circuit où l’on sait que le goulot du premier virage représente un problème et que l’on précise bien au briefing qu’il est interdit de dépasser à droite au-delà des limites de la piste, trois minutes de pénalité semble encore peu cher payée quand votre manœuvre dangereuse et intentionnelle (la Ferrari ne l’a pas forcé du tout à aller à droite) a provoqué un carnage à plusieurs millions. Avec tout le respect que l’on doit à Maxime Martin, un des pilotes les plus pros et propres habituellement, un homme que l’on apprécie en outre, on trouve que les commissaires sportifs auraient même dû lui brandir le drapeau noir et l’exclure de la course. Car après avoir vu et revu les images intérieures et extérieures, c’est bien lui qui a lancé le jeu de massacre. Certes il n’a touché personne, mais cela ne le blanchit pas du tout. Vous pouvez très bien occasionner un gros carambolage dans le trafic sur l’autoroute et vous en sortir sans une griffe. Selon nous, il n’a pas d’excuse et aurait dû plutôt les présenter aux nombreuses victimes comme l’a fait Kelvin van der Linde après avoir provoqué l’autre gros accident au même endroit à trois tours de l’arrivée. Une erreur est humaine. Bien sûr qu’il ne voulait pas provoquer un crash dont il aurait d’ailleurs pu très bien aussi être une des victimes. On dit souvent qu’il faut juger la faute et non pas les conséquences. Mais ici, vu le contexte et ce qui avait été dit au briefing, il faudrait être stupide et irresponsable pour le punir comme un simple track limit avec gain d’un avantage. On trouve qu’il faudrait même, pour calmer les esprits un peu trop chauds au départ, prévoir une règle selon laquelle si vous êtes jugé responsable d’un crash lors de l’envol ou dans le premier tour, vous rentrez directement à la maison et c’est à vous ou votre team de payer les dégâts. Certains diront peut-être que nous sommes extrémistes, mais ce type de carton à répétition (n’oublions pas que cela avait déjà été le chaos au Castellet) donne une mauvaise image de notre sport, met des teams en difficultés, fait augmenter les primes d’assurance de tout le monde et surtout pourrait un jour avoir des conséquences dramatiques. Pour nous, pas de doute c’était carton rouge !

2.        Non-respect des drapeaux bleus : On a vu beaucoup de pilotes moins rapides aux freinages et en virages mais bénéficiant d’une meilleure vitesse de pointe bloquer les pros qui tentaient de revenir dans le trafic. OK c’est du sport auto et chacun doit défendre sa place, mais quand vous êtes une demie seconde au tour moins rapide à un moment il faut laisser passer sinon cela provoque des bouchons et des accidents avec les concurrents derrière qui commencent à pousser. Il y a eu ainsi beaucoup trop de contacts à Monza. Le non-respect des drapeaux bleus doit être plus sévèrement puni aussi. Car c’est bien connu. Tant qu’il n’y a pas de sanction, les règles ne servent à rien.

3.        BOP pas top. A Monza, les Ferrari et les Mercedes avaient clairement l’avantage. Sans parler de Ford qui a signé la pole, mais ont malheureusement toutes les deux été éliminées lors du crash du départ. L’objectif du responsable belge de la Balance de Performances est de mettre les dix marques dans une fenêtre de cinq dixièmes. A Monza, sur un circuit présentant pourtant peu de difficultés, la fenêtre était de huit dixièmes et certaines marques étaient un peu à la traîne. On espère que la fourchette sera plus étroite à Francorchamps pour les 24H même si l’on sait que ce n’est pas simple du tout, surtout quand certains ne jouent pas le jeu. 

Relancer plus vite la course derrière la voiture de sécurité : On a passé un tiers de la course sous voiture de sécurité ou en « Full Course Yellow ». On espère que ce ne sera pas le cas lors des 24H de Spa où visiblement on ne souhaite pas passer au système de « Slow Zones » comme au Mans ou au Nürburgring. Pourquoi ? Car cela peut fausser la course si un pilote passe dans une Slow Zone qui est supprimée au moment où arrive l’un de ses poursuivants. Ou l’inverse. Mais aussi car beaucoup de pilotes tricheraient aux relances. Mais la sortie d’une voiture de sécurité ne fausse-t-elle pas aussi la course ? Elle est en tout cas toujours au désavantage du leader. On est OK pour la course à l’américaine, pour des 24H se jouant dans les dernières heures voire les derniers tours avec les autos toujours dans le même tour. Mais pas pour de trop longues interventions hachant la course et ennuyantes pour tous. Pourquoi une voiture de sécurité sort-elle systématiquement après un long FCY ? Pour permettre aux pilotes de rouler plus vite (120km/h) et de rechauffer leurs pneus. Mais pourquoi, au lieu de mettre systématiquement un SC, ne pas imaginer que l’on mette un tour de FCY à 120 km/h en gardant donc les écarts entre les pilotes ? Car, on l’a vu encore à Monza), tous ces redéparts sont accidentogènes. Surtout quand des pilotes Bronze attardés se retrouvent au milieu des pros ce qui est pire qu’un vrai départ. Et quand on sort la voiture de sécurité, inutile d’attendre que tout le monde ait rattrapé la queue pour relancer la course. Si la piste est dégagée, un tour de safety et hop on relance. Tant pis pour ceux qui n’ont pas rattrapé la queue. Idem pour toutes ces règles récentes venues des USA permettant de respecter l’équité et la bagarre dans les différentes catégories inférieures. Il faut privilégier le spectacle et la bataille en tête de la course. Surtout disons dans les six premières heures de course. Quand un équipage est déjà à plus d’un tour (2’20) des leaders après quelques heures seulement, c’est qu’il a eu un problème. Il ne mérite donc pas de revenir ainsi directement dans le sillage des leaders. Appliquer cette règle lors de la deuxième moitié de course aurait, selon nous, plus de sens. Cela doit rester de l’endurance. Les 24H ne doivent pas uniquement se jouer sur les deux derniers relais. Autoriser des pilotes à perdre du temps et à rester dans la course pour la victoire voire le podium ne les incite pas à faire plus attention avec les autres concurrents. Il faut qu’un accrochage reste pénalisant à tous points de vues pour qu’ils ne multiplient pas. 

Photo Youtube SRO

Mots-clés: Endurance Sports Moteur

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