Pourquoi le nouveau championnat Junior Rally6 et la Yaris GR Cup sont des flops ?

il y a 4 sem. Olivier de Wilde

Une question principalement de coûts et de manque de structure et d’encadrement.

Le Rallye de Wallonie sera loin de faire le plein fin du mois. Vous nous direz au prix où est l’essence aujourd’hui, c’est normal. La discipline est en crise, surtout à l’échelon national où tout coûte trop cher.

Quelles sont les raisons de cette relative désaffection et de plateaux de plus en plus pauvres ? Nous avons essayé d’y voir un peu plus clair.

Tout d’abord, cela fait des années qu’on le dit, il y a beaucoup trop d’épreuves inscrites au calendrier du championnat de Belgique : onze rallyes, c’est totalement exagéré. Un maximum de sept ou huit serait beaucoup mieux. En diminuant les épreuves, on augmenterait les plateaux et la disponibilité des commissaires tout en diminuant les nuisances.

« Tout augmente et cela se répercute sur les concurrents »

Ensuite, les rallyes coûtent de plus en plus cher à organiser.

« Je vais vraiment avoir du mal à boucler mon budget pour cette 43ème édition, » nous explique Etienne Lerson à la tête du Rallye de Wallonie depuis le tout début. « Les coûts des assurances ne cessent d’augmenter. Aussi le budget pour les commissaires qui a augmenté de 4500 euros par rapport à l’an dernier. En ASAF, ils reçoivent des bons d’essence, mais au niveau national on doit payer nous-mêmes leurs frais de déplacement. Et quand on voit le prix de l’essence aujourd’hui… Tout augmente sauf les concurrents même si l’on a essayé de garder le même prix pour l’engagement. »

1925 euros pour les Rally2 et GT, 1595 pour tous les autres, sauf les Juniors à 1395. C’est tout de même trois fois plus cher que pour un rallye provincial.

L’autre souci vient des pneus avec un manufacturier unique pour les concurrents de pointe. A qui cela profite-t-il ? Essentiellement à la marque en question et au promoteur. Certes il y a des primes en gommes, mais la majorité aurait plus à gagner si chacun pouvait choisir ses pneumatiques, certaines marques proposant des tarifs très intéressants.

 « Un autre souci aujourd’hui est lié au fait que plus personne ne fait rien pour rien, » estime Renaud Herman, l’équipier de Maxime Potty. « Il y a vingt ans, on faisait du rallye avec quatre copains qui venaient aider le week-end contre un verre et un sandwich. Aujourd’hui, tout le monde veut de l’argent. Et cela coûte vite cher quand vous devez payer, nourrir, loger, déplacer cinq ou six personnes pour une auto. »

Alors qu’il a un instant réuni plus d’une vingtaine de voitures, le 2WD Trophy est retombé à moins d’une dizaine de pilotes faute de soutien. Idem pour les Coupes de Promotion et l’aide aux jeunes de plus en plus réduite.

Le RACB devrait organiser son volant en Junior. Avec une saison en Clio Trophy à la clé

Alors qu’en France on dénombre une trentaine d’autos en Stellantis et une quarantaine en Clio Trophy, chez nous c’est la misère.

Au départ du TAC Rally le week-end dernier, il y avait trois pilotes inscrits en Junior. Dont les deux du RACB National Team. Du coup, quelle valeur accorder aux succès d’Emilien Allart ?

Le but en réservant le Junior aux nouvelles Rally6 était de diminuer les coûts. « Mais alors, il ne faut déjà pas sélectionner des Rallyes de D1 coûteux, » estime Lionel Hansen alignant les Corsa du RNT. « On aurait pu faire une grande partie du championnat sur les épreuves de D2. »

Proches de l’origine, en pneus conventionnels, les petites R6 ne sont pas sexys. Elles n’avancent pas et terminent derrière les 2WD Trophy, dans les profondeurs des classements. « Cela ne coûte pas beaucoup moins cher de faire rouler une Clio R6 par rapport à une Clio R5, » rajoute Olivier Cartelle qui alignait dans le passé les voitures du RNT. « Car toute une partie du budget est similaire : les engagements, les mécanos, le déplacement, les recos, la préparation, l’assurance,… »

En gros, vous tournez tout de même autour des 6000 euros pour une épreuve d’un jour. Et tout cela pour gagner quoi ? Un bon de réduction de 500 euros sur le prochain engagement pour le vainqueur de chaque course et un stage rallye d’une valeur de 1500 euros pour le champion.

On est loin, très loin des primes françaises. A l’époque de la Coupe 205, des trophées Citroën, la saison ne coûtait pas un euro au champion.

Une vraie carotte

Suggestion pour le futur ? Plutôt que de dépenser 120.000 euros pour organiser un volant et faire gagner une saison à deux pilotes, pourquoi ne pas utiliser ce montant pour la promotion du Junior, pour aider tous les meilleurs pilotes avec des primes alléchantes et une vraie carotte comme une participation au Clio Trophy français?

Car le Junior n’est pas le seul flop. Annoncée à grand renfort de publicité, la nouvelle Coupe Yaris GR est morte née. Il n’y aura qu’une, peut-être deux voitures lors du lancement au Wallonie. Du jamais vu. L’idée paraissait pourtant belle. Les raisons de cet échec sont multiples. Un manque total de soutien de l’importateur, un produit pas encore abouti, pas de structure technique solide derrière et un promoteur/organisateur remercié en cours de lancement. Certains ont parlé de coûts trop élevés. C’est sans doute vrai pour du provincial, mais pas au niveau national si l’on compare à la Stellantis ou à une participation en Rally3. Pourtant là, la carotte était réelle et belle avec deux ou trois épreuves en Rally2. Reste à voir si les promesses seront tenues avec un ou deux concurrents…

Pourtant, des jeunes avec du talent et de la motivation, il y en a plein. Mais il faut leur donner les moyens de rouler. « En Belgique, en dehors du volant RNT, il n’y a rien. C’est le jour et la nuit comparé à la France, »regrette un espoir belge.

Et pourtant, quand on voit les 24 pilotes de 15 à 25 ans réunis au sein de la M3M Endurance Academy en circuit, on ne peut pas dire qu’il n’existe pas assez de pilotes demandeurs. Mais il faut leur offrir un bon encadrement, leur donner l’envie ainsi qu’à leurs parents de dépenser 4 à 5000 euros par week-end de course. Et surtout pas plus.

« Il n’y a pas en Belgique de tente où les pilotes peuvent se réunir et boire un verre ensemble, pas de structure, rien, » explique un spectateur assidu du championnat de France. Le problème est qu’il n’y a plus aucun soutien de marque, hormis en Stellantis.

« Le Haspengouw m’a coûté 6000 euros dont 3000 d’assurance et plus de 1000 d’engagement, c’est trop cher pour un jeune de 23 ans, » explique Benjamin Bosseloir. « L’auto coûte 45 ou 48.000 euros et est neuve c’est pour cela que la prime d’assurance est aussi élevée. »

« Moins cher de rouler en Stellantis en Provincial qu’en R6 en national »

Mutualiser les primes aiderait certainement déjà à faire baisser les coûts. « En fait, cela me coûte moins cher ou le même prix de rouler avec ma Rally4 Stellantis en provincial. Et c’est nettement plus performant, on prend plus de plaisir. La R6 est frustrante car on a zéro moteur. Il faut adopter un tout autre style de pilotage. Le problème de la Stellantis ce sont les pneus qu’on est obligés d’acheter au camion. Il n’y a donc pas moyen de racheter des pneus d’occasion, sauf bien sûr si vous roulez en provincial. J’essaie de trouver le budget pour rouler au South Belgian Rally pour la deuxième manche, mais j’en suis loin. Les pneus, l’assurance, les engagements, tout coûte toujours plus cher. Et cela ne va pas s’arranger dans le futur. En France, ils ont le soutien des marques et énormément de voitures donc c’est plus facile. Chez nous, ce n’est vraiment pas simple. »

Face à cette situation, on ne pourrait que recommander aux jeunes Belges d’aller se faire les dents en Clio Trophy en France. C’est nettement plus formateur. Plutôt que de tourner à trois autour de l’église du village. On serait d’ailleurs curieux de voir où se situeraient Nolan Lejeune et Emilien Allart au sein du peloton de la Clio Trophy française.

S’exiler, c’est d’ailleurs ce qu’a décidé de faire Tom Heindrichs pour assurer son avenir. Et il a bien raison. Avec le soutien d’Opel et du RNT, le demi-frère de Thierry Neuville devrait vivre une belle saison 2026.

Photo RNT

Mots-clés: Rallye Sports Moteur

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