Neuville – Hyundai: Cela sent la fin…

il y a 6 j Olivier de Wilde

Le Belge vit son plus mauvais début de saison depuis ses débuts avec le constructeur coréen en 2014. Et doit certainement déjà penser à une alternative pour 2027…

Hyundai vit un début de saison cauchemardesque en WRC où l’équipe dirigée par Cyril Abiteboul se fait littéralement humilier par son grand rival Toyota.

Aujourd’hui, le constructeur coréen paie très cher la décision prise il y a un an déjà de ne plus rien investir dans le rallye, d’arrêter le développement de la i20 WRC et de tout miser sur le programme Hypercar. Il était effectivement prévu à la base de stopper le WRC fin 2025. Rappelons que Christian Loriaux s’est fait virer fin 2024 pour avoir été trop franc apparemment avec le chef après la mauvaise gestion du Rallye d’Australie (le Belge avait déjà tiré la sonnette d’alarme), tandis que François-Xavier Demaison, l’autre grand ingénieur de la maison, avait été transféré à 100% sur le proto en circuit.

Mais finalement, sous la pression de la FIA, de Toyota et de l’opinion publique, Hyundai a décidé de respecter ses engagements et de rempiler pour une dernière année en 2026 ce qui n’était pas prévu au départ.

Envie de pleurer à Fechenheim

Entretemps, l’équipe rallye a déménagé d’Alzenau pour se retrouver dans un grand garage allemand du côté de Fechenheim près de Francfort, une base indigne d’un constructeur mondial où, d’après un pilote, la plus grande pièce est le bureau du patron français qui n’y est que très rarement. « La première fois que j’y suis allé, j’ai eu envie de pleurer en sortant, » aurait-il confié à un collègue.

Les nouvelles infrastructures du Castellet où sont fabriquées les Genesis Hypercar sont nettement plus à la hauteur du projet sur piste qui devrait débuter fin du mois au Qatar.

Du coup, il n’est pas étonnant qu’Ott Tanak, le meilleur des pilotes Hyundai en 2025, ait préféré prendre une année sabbatique. Il est prévu à priori qu’il revienne en 2027… chez Toyota, l’équipe avec laquelle il a décroché son seul titre en 2019.

Le fossé déjà existant entre Toyota et Hyundai s’est encore plus creusé et l’on peut déjà dire aujourd’hui que la marque japonaise conservera son titre en rallye.

 Thierry Neuville vit un véritable cauchemar. Le Belge connait son plus mauvais début de saison depuis ses deux premiers rallyes avec la Hyundai WRC en 2014. Cette année-là, il était sorti au Monte-Carlo et avait arraché une roue en Suède.

En 2017 certes, il avait aussi gaffé lors des deux premiers rallyes de la saison, mais là au moins il avait mené l’épreuve.

Cinquième au Monte-Carlo derrière son équipier Adrien Fourmaux, septième en Suède où même le revenant Esapekka Lappi s’est régulièrement montré plus rapide que lui, notre compatriote semble complètement désabusé. Et même s’il y a eu quelques sursauts d’orgueil avec notamment ce scratch dans la Power Stage, le cœur ne semble plus y être. Difficile d’encore cacher sa grande frustration face à cette déplorable situation quand, il y a deux ans encore, on a décroché le titre mondial. Sans Sébastien Ogier ni Kalle Rovanpera à temps plein certes, mais une couronne quand même. Devant Evans, Tanak et Fourmaux. Or qu’aujourd’hui il doit se cracher dans les mains pour devancer Katsuta ou même parfois les Ford de Munster, Sesks, McErlean et Armstrong.

"La motivation est parfois de plus en plus dure à trouver"

Grandeur et décadence.

« C’est vrai que la motivation est parfois de plus en plus dure à trouver, » a avoué le Belge à Dirtfish. « Il y a beaucoup de choses à faire de la part du team, mais aussi des équipages pour que cela fonctionne. Parfois on a l’impression que la situation empire. Ou du moins que cela ne progresse pas. Je suis à chaque fois remotivé lorsque je pars pour un rallye, mais quand vous vous retrouvez dans l’auto et que cela ne fonctionne pas, cela vous prend beaucoup d’énergie et vous procure pas mal de frustration. »

Franchement, on peut comprendre ce sentiment d’impuissance. Mais quand on est payé des millions pour piloter des autos et vivre son rêve peut-on réellement dire que l’on a du mal à être motivé ? On a le droit de l’être oui, mais de l’exprimer c’est une autre chose. Car beaucoup paieraient très cher ou seraient prêts à rouler gratuitement pour être dans son baquet. Même si, on en est bien conscient aussi, il n’existe sans doute pas un autre pilote actuel possédant assez d’expérience et de talent pour être plus vite que Neuville à sa place. Hormis peut-être un Finlandais qui a fait en quelque sorte comme Hyundai en abandonnant le WRC pour s’investir en circuit. 

Car que feriez-vous si vous étiez patron d’une grosse boîte en difficultés et que l’un de vos plus gros salariés, un homme dont dépend en grande partie vos résultats, déclare à la terre entière que votre produit n’est pas bon, que cela ne va pas, qu’il a du mal à trouver la motivation ?

Si les résultats sportifs le motivent plus que l’argent aujourd’hui, c’est tant mieux, mais il doit regretter alors que ses négociations avec Toyota pour remplacer Ott Tanak fin 2019 aient échoué pour des raisons essentiellement financières d'après une source très proche du dossier à l'époque.

Car si le palmarès de Thierry Neuville affiche 22 succès et un sacre mondial ce qui est déjà magnifique, quel serait-il s’il avait rejoint le clan Toyota en 2020 ? On ne le saura jamais… 

La dernière année avec Hyundai ?

 En attendant la saison risque d’être bien longue. Et surtout d’être la dernière de la très longue collaboration entre notre représentant et Hyundai.

Contrairement à Toyota qui teste déjà sa WRC27, Hyundai a déjà, de nouveau, un train de retard. Chez les Coréens, on ne va pas investir de suite dans la nouvelle règlementation 2027. On va se contenter de faire évoluer sa WRC2 qui sera confiée à des clients et, sans doute, à un représentant officiel mais avec des salaires considérablement revus à la baisse. Ce serait d’ailleurs une des directives émises par Malcolm Wilson, patron de M-Sport mais aussi responsable rallye pour la FIA. Afin de réduire les coûts du WRC et pouvoir aligner plus de voitures, il faut réduire la masse salariale, les pilotes coûtant généralement aussi cher que l’ensemble du reste de l’équipe.

Et aujourd’hui, si vous étiez patron de Hyundai et que vous deviez choisir un seul pilote pour 2027, vous miseriez sur Thierry Neuville qui aura 38 ans en juin prochain et a terminé derrière Adrien Fourmaux (Français de surcroit comme le boss et qui se plaint beaucoup moins) lors des deux premiers rallyes de l’année ?

Pas question de raccrocher : plusieurs pistes pour 2027

Thierry et son management ne sont pas dupes. Ils savent bien que les meilleures années sont derrière. Certainement sur le plan financier. Mais Thierry reste un passionné de course et de tout ce qui roule. Et il n’est pas prêt de raccrocher son casque.

Alors à l’instar d’un Sébastien Loeb, prêt à effectuer un retour en WRC27 à 52 ans, Neuville regarde autour de lui, se renseigne sur les différents projets à venir, les différentes opportunités. Que ce soit en WRC ou, pourquoi pas, en Rally Raid où nous sommes convaincus qu’un pilote comme lui, très bon mécanicien, pourrait briller. En WEC par contre, on n’y croit pas une seconde même si ses quelques piges en circuit avaient été couronnées de succès en TCR.

Le mental est un facteur très important dans le sport, y compris bien sûr dans les sports moteurs. Un pilote qui se dit démotivé est fatalement moins performant. C'est peut-être là aujourd'hui que Fourmaux fait une petite différence. Mais les qualités de notre champion restent sans doute intactes. Mettez-le au volant d’une Yaris et il jouera la gagne partout, sur tous les terrains.

Il y a toutefois hélas peu de chances aujourd’hui pour que « TN » roule encore un jour en Toyota. Sauf peut-être au Dakar… 

Photo Alpinestars

 

 

 

  

Mots-clés: Rallye Sports Moteur

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