Le pire moment de la carrière de Thierry Neuville
Wout Van Aert n’aurait pas dû être le seul à faire vibrer la Belgique sportive ce dimanche. Thierry Neuville aurait dû partager ce privilège avec le cycliste belge vainqueur de Paris-Roubaix.
Hélas, alors que d’un côté le Flamand s’est brillamment imposé au sprint face à la référence mondiale, notre champion du monde 2024 a chuté à une dizaine de km de l’arrivée du Rallye de Croatie alors qu’il possédait une minute quinze d’avance sur le Japonais Takamoto Katsuta. En une fraction de seconde, le héros est redevenu zéro comme son score sur cette manche croate achevée à plus de 20 minutes du leader après une réparation de fortune.
Cela signifie-t-il que Neuville est devenu nul pour autant ? Bien sûr que non ! Cette défaite, la plus cuisante et amère en 183 rallyes en WRC, donne certainement plus de valeur encore à ses 22 succès. Le rallye n’est pas comme le circuit où une faute dans le dernier tour alors qu’on possède plus d’une minute d’avance est inadmissible.
Ceux qui ont déjà fait du rallye savent de quoi on parle. Votre premier adversaire c’est d’abord le terrain. Il est très facile de se faire piéger, le grip évoluant au fil des passages et des boucles. Oliver Solberg, Elfyn Evans ou Adrien Fourmaux sont aussi sortis de la route ce week-end. Mais OK, eux avaient l’excuse de se battre contre le chrono. Alors que Thierry et Martijn n’avaient qu’à assurer calmement une première victoire de la saison hyper importante pour Hyundai. Ce n’est pas tous les week-ends que trois Toyota sur quatre sont écartées de la lutte pour la gagne. C’était une occasion en or à saisir pour les Coréens. Une opportunité comme il n’y en aura pas beaucoup cette année où le WRC est dominé par le constructeur japonais quasi déjà assuré d’un nouveau titre.
Une erreur de déconcentration ?
Alors que s’est-il réellement passé dans la tête de Thierry Neuville ? Le premier chrono intermédiaire avec un retard de 2.4 secondes après seulement 1,8 km le prouve : notre compatriote n’était pas à l’attaque et ne tentait pas de grappiller quelques points supplémentaires dans cette « Power Stage ». Il assurait clairement.
Mais on le dit souvent : il est parfois plus facile de commettre une faute quand on n’attaque pas et donc qu’on n’est pas concentré à 100%. Pensait-il déjà à l’hommage qu’il voulait rendre à son ami Craig Breen ou à la Porsche qu’il allait devoir payer à son équipier ? Alors qu’il avait évité jusque-là tous les pièges de ce Rallye de Croatie, alors qu’il avait fait le plus dur, Thierry s’est fait bêtement surprendre dans un droite moyen rapide recouvert de graviers. Comme il ne cherchait pas le dernier dixième, il n’a pas voulu prendre le risque de corriger son écart au gaz et a eu le réflexe d’ouvrir la trajectoire et de vouloir tirer tout droit dans l’échappatoire. Mais, hélas pour les centaines de fans belges déconfits, il a touché une pierre avec la roue avant droite ? Ce qui a signifié sa totale désillusion. La plus cruelle de sa carrière certainement. Une bête sortie ? Il n’y en a jamais d’intelligente. Une erreur qui fait mal ? Très certainement. Pas physiquement heureusement, mais mentalement à notre représentant auteur du début de saison le plus difficile depuis ses débuts chez Hyundai. Mathématiquement aussi cet échec qui fera partie de l’histoire du WRC a des conséquences douloureuses pour le Belge, 7ème du Mondial et pour son employeur Cyril Abiteboul qui n’a très certainement dû que moyennement apprécier que Thierry se soit pris les pieds dans le tapis rouge.
« Je m’excuse d’abord auprès des membres du team qui travaillent très dur depuis le début d’année pour que l’on puisse gagner à nouveau, auprès des fans, » a déclaré un Neuville abattu à la télé WRC avant de refuser de s’exprimer au micro de la RTBF et d’Olivier Gaspard. Une première depuis 15 ans. «Je pense que j’ai inscris la voiture trop tôt dans le virage. Plutôt que corriger, j’ai eu le réflexe de tirer tout droit. Vous connaissez la suite. C’est un moment très dur pour moi, Martijn et toute l’équipe. Cela rappelle comme le rallye est une discipline compliquée où tout peut arriver jusqu’au dernier mètre. »
Rebondir dès les Canaries
Takamoto Katsuta a donc hérité de la victoire sur un plateau d’argent. Un succès que le pilote Toyota a célébré très sobrement : « Je suis tellement désolé pour Thierry, toutes mes pensées en ce moment sont pour lui, » a gentiment déclaré le premier Japonais à mener désormais le championnat du monde avec 81 points, soit 7 de plus qu’Elfyn Evans et treize devant Oliver Solberg. Thierry Neuville lui occupe la 7ème place avec seulement 25 unités en quatre courses !
Il va maintenant falloir rebondir. Dès mercredi en tests pour préparer le prochain rendez-vous aux Canaries dans deux semaines où les Toyota partiront à nouveau favorites. Car ne nous y trompons pas. Même si Hyundai était en passe de signer dimanche son premier succès de l’année, tous les problèmes ne sont pas résolus. Malchanceux vendredi, Oliver Solberg et Elfyn Evans ont été les meilleurs performers du week-end. Et de loin.
Au moment où Hyundai doit décider quel pilote pro elle va garder pour 2027 pour un engagement de plus moyenne envergure, sans doute en WRC2 dans un premier temps, cette boulette du Belge tombe au plus mal. Mais pour dire la vérité, Adrien Fourmaux n’a pas fait mieux loin de là. Et le Français ne compte pas encore un seul succès en Mondial face aux 22 de TN. Alors ne lui jetons pas trop la pierre. Oui nous sommes, comme lui, extrêmement déçus. Oui c’est une grosse bêtise pour un pilote de son niveau, avec une telle expérience, alors qu’il n’avait qu’à rentrer la voiture au parc fermé.
Mais bien sûr qu’il faut pardonner ce qui peut paraître à première vue impardonnable. Car à l’heure de l’IA, il ne faut surtout pas oublier que les meilleurs pilotes du monde sont avant tout des êtres humains. Pas des machines. Et que l’erreur est humaine.
Les rallymen sont de véritables funambules. Il ne faut surtout pas les huer ou se moquer mais plutôt les encourager quand ils tombent de ce fil sur lequel ils évoluent et nous régalent tout au long de l’année. Alors courage Thierry et Martijn. Et non pas honte à vous. C’est dans les moments les plus pénibles de la vie que l’on a besoin du soutien de ses vrais amis et supporters.
Photo WRC


