La F1 2026 va-t-elle gérer à mort ?
On a toujours prétendu que la Formule 1 était un laboratoire pour les constructeurs qui y étaient engagés. Ce sera sans doute plus vrai que jamais à partir de cette saison où la discipline reine du sport auto va intensifier son électrification (45% de la puissance soit 350 KW ou 470 chevaux viennent désormais du moteur électrique) et dont les moteurs thermiques réduits à 550 chevaux vont utiliser de l’essence synthétique à 250 euros du litre soit 25.000 euros de carburant pour un GP !
LA F1 RESTE LE PINACLE
Jamais dans l’histoire de la F1, un changement de règlement n’a été aussi profond : on l’a déjà détaillé précédemment, mais les F1 2026 qui entreront en piste dès ce vendredi à Melbourne auront des nouveaux moteurs (toujours sur base du V6 Turbo) mi-thermique mi-électrique, des châssis plus courts, plus étroits et plus légers (30 kg) pour rendre les monoplaces plus maniables, des pneus Pirelli plus étroits, une aéro réduite mais active des ailerons avant et arrière amovibles (avec un nouveau système pivotant à 180 degrés révolutionnaire pour Ferrari), un système de « Push to Pass » (manual override), la suppression des tunnels Venturi et le retour à des fonds plus plats pour éviter le marsouinage. Bref c’est à une véritable révolution technologique que l’on assiste et cela ne va pas sans créer quelques problèmes et mécontentements.
Il faudra un temps d’adaptation : Pour les pilotes, les ingénieurs, les stratèges, mais aussi les fans et les journalistes.
Mais la F1 reste la F1. Et même si la gestion et surtout la récupération de l’énergie sur un tour va nécessiter un style de pilotage différent, même si la bande sonore n’a pas été améliorée loin de là, même si les critiques fusent quand on s’éloigne de l’essence même du sport, cela reste le pinacle du sport auto avec les monoplaces les plus rapides du monde (il va falloir les brider pour qu’elles ne dépassent pas les 400 km/h sur certains circuits !) domptées par 22 des meilleurs pilotes de la planète.
DEPART DE RENAULT, RETOUR DE FORD, ARRIVEE DE CADILLAC ET AUDI
Vingt-deux, c’est d’ailleurs une des nouveautés et une première depuis 2016. Avec l’arrivée du géant Cadillac (et le retour des expérimentés vice-champions Valtteri Bottas et Sergio Pérez), Sauber qui devient officiellement Audi, on comptera donc désormais huit constructeurs automobiles impliqués en F1 avec Mercedes, Ferrari, Aston Martin, Alpine, mais aussi Ford (pour palier au retrait de Renault) et Honda côté motoristes. Avec en prime Toyota comme sponsor principal de Haas.
Cela implique une légère modification des qualifications puisque les six derniers seront désormais éliminés en Q1 et encore six autres en Q2 pour ne garder toujours que les dix plus rapides en Q3. Et aussi une adaptation logistique au niveau des garages et de la pitlane qui sera tellement encombrée en Australie que les organisateurs ont décidé que le vitesse y sera réduite à 60 km/h ce week-end au lieu de 80 km/h.
A MOINS DE DEUX SECONDES DE LA POLE 2025 A MELBOURNE ?
A propos de vitesse, l’une des plus grandes craintes au moment de lancer cette révolution technique était de se retrouver avec des F1 beaucoup plus lentes que ce que nous avons connu en 2025.
Mais au final, ce ne sera pas le cas. A Bahreïn lors des tests d’avant-saison, alors qu’elles sont encore en plein développement et que certains cachaient encore habilement leur véritable potentiel afin de ne pas risquer d’être pénalisés (on pense à Mercedes bien sûr qui a découvert une astuce au niveau de la combustion moteur pour gagner 15 chevaux par rapport à ses concurrents), on a déjà tourné à deux grosses secondes de la pole de 2025 d’Oscar Piastri. Le public ne verra donc pas de différence.
Un écart qui sera certainement encore réduit à Melbourne quand les voitures dévoileront enfin leurs dernières évolutions et que les moteurs tourneront à pleine charge.
Et l’on peut estimer que dans un an déjà, on sera revenu au niveau de performances des dernières saisons.
L’autre doute concernait la fiabilité. Et là encore les essais hivernaux nous ont dans l’ensemble rassurés puisque les diverses écuries ont accumulé les tours et km sans trop de problèmes même si certains à l’instar de Williams ont eu un peu de retard à l’allumage et si Aston Martin et Honda sont carrément à la rue en ce début de saison au point de se fixer des objectifs totalement indignes de leur rang pour ce premier GP : se qualifier dans les 107% afin de pouvoir boucler quelques tours en course.
GROS ECARTS
A contrario, les écarts entre les premiers et les derniers de la grille seront logiquement beaucoup plus importants que l’an dernier où tout le monde se tenait en une grosse seconde. C’est tout à fait normal au début d’une nouvelle ère. Et des jokers sont prévus pour permettre à ceux qui auraient trop de retard de se rattraper un peu et de ne pas être ridicules.
Voilà qui doit rassurer Cadillac, seul véritable nouveau venu cette année (rappelons qu’Audi est déjà associé à Sauber depuis deux ans ce qui explique les R26 de Bortoleto et Hulkenberg luttent déjà en milieu de peloton) qui ne gagnera très probablement pas un des premiers Grands Prix. Débuter en F1 n’est pas facile et le retard de trois grosses secondes affiché durant l’hiver devrait se résorber petit à petit.
AVANTAGE MERCEDES OU FERRARI ?
Pour le reste, il est très difficile pour dire la vérité de dégager une tendance et de décrypter les premiers essais hivernaux. Si l’on devait désigner un favori, on aurait tendance à l’heure actuelle de pointer Mercedes avec George Russell et Andrea-Kimi Antonelli. Car on suppose qu’ils ont caché leur jeu. Et qu’ils possèdent un avantage moteur dont leurs adversaires veulent leur priver.
Mais lors des tests d’avant-saison, on a aussi vu des Ferrari très en verve (tant avec Lewis Hamilton que Charles Leclerc), le Monégasque clôturant les essais d’avant-saison avec le meilleur chrono en 1.31.992, soit plus de 8 dixièmes devant la Benz d’Antonelli avec il est vrai des pneus plus tendres C4 alors que tout le monde devant a signé son meilleur chrono avec le composé C3. La Scuderia refuse de s’enflammer, mais l’équipe de Fred Vasseur et Jérôme D’Ambrosio semble très bien préparée. Elle a surpris la terre entière notamment avec son aileron arrière réversible à 180 degrés comme une aile d’avion. Une astuce semblant sortie de « Top Gun » validée par la FIA et très certainement vite copiée par ses concurrents puisqu’elle procurerait un gain de 8 à 10 km/h en ligne droite.
Mais la SF26 n’est pas qu’une fusée en vitesse de pointe. Elle démarre aussi comme une « rocket » grâce à une meilleure gestion de son système de précharge de son turbo. De quoi donner des ailes à Charles Leclerc et Lewis Hamilton ?
Du côté de chez Red Bull, le nouveau moteur maison badgé Ford paraît performant. Impossible donc d’écarter Max Verstappen des candidats naturels au titre. Son nouvel équipier Isack Hadjar, affecté par divers soucis de fiabilité, s’est montré plus discret et pointait à une grosse seconde du quadruple champion. Le syndrome du second pilote RB va-t-il se poursuivre ?
Enfin, le champion du monde en titre Lando Norris a déjà fait honneur à son numéro 1 dont il est très fier en terminant une journée tout en haut des écrans au volant de sa McLaren, Oscar Piastri faisant un peu plus la grimace et critiquant plus la nouvelle règlementation dont il n’est clairement pas fan. Mais au final, l’Australien a devancé son équipier de dix centièmes.
En résumé, cela devrait à nouveau se jouer entre les quatre grosses écuries même si l’ordre affiché durant l’hiver (Ferrari-Mercedes-McLaren-Red Bull) pourrait changer.
ALPINE SOUS BONNE ETOILE, HAAS CA IRA
Si Mercedes a l’avantage, la couronne pourrait se jouer entre Russell, Antonelli, Norris et Piastri. Avec un bond en avant des Alpine désormais dotées du propulseur allemand (la marque française mise désormais tout son programme sportif sur la F1) et la confirmation de la remontée de Williams. Pierre Gasly était le meilleur du reste à Barheïn.
Il faudra aussi tenir à l’œil les Haas, Oliver Bearman talonnant Gasly lors des essais de février. De quoi confirmer la bonne forme du bloc Ferrari au moment de s’envoler pour Mellbourne ?
Des envols qui inquiètent les autres écuries parmi lesquelles Racing Bulls, seule équipe à aligner un débutant cette année avec le jeune Britannique Arvid Lindblad.
Voilà, on a rarement eu autant d’incertitudes avant le premier GP de la saison, ce dimanche à Melbourne. Une première d’une nouvelle ère pour la F1 à l’issue de laquelle il y aura certainement beaucoup plus d’enseignements à tirer. En espérant qu’ils soient positifs. Et que, contrairement à ce que pense la majorité de ses champions, la F1 en mode gestion gère à mort et que l’électrification à outrance de la F1 2026 ne tue pas l’essence… du sport !
Résumé des chronos des six jours d’essais à Barheïn
- Leclerc (Ferrari SF26) 1.31.992(C4)
- Antonelli (Mercedes W17) 1.32.803 (C3)
- Piastri (McLaren-Mercedes MCL40) 1.32.861 (C3)
- Norris (McLaren-Mercedes MCL40) 1.32.871 (C3)
- Verstappen (Red Bull-Ford RB22) 1.33.109 (C3)
- Russell (Mercedes W17) 1.33.197 (C3)
- Hamilton (Ferrari SF26) 1.33.408(C3)
- Gasly (Alpine-Mercedes A526) 1.33.421 (C5)
- Bearman (Haas-Ferrari VF26) 1.33.487 (C4)
- Bortoleto (Audi F1 R26) 1.33.755(C4)
- Colapinto (Alpine-Mercedes A526) 1.33.818 (C5)
- Hulkenberg (Audi F1 R26) 1.33.987 (C4)
- Lindblad (Racing Bulls-Ford VCARB03) 1.34.149 (C4)
- Ocon (Hass-Ferrari VF-26) 1.34.201 (C4)
- Hadjar (Red Bull-Ford RB22) 1.34.260 (C4)
- Sainz (Williams-Mercedes FW48) 1.34.311 (C5)
- Lawson (Racing Bulls-Ford VCARB03) 1.34.532 (C4)
- Albon (Williams-Mercedes FW48) 1.34.555 (C5)
- Bottas (Cadillac-Ferrari) 1.35.290 (C3)
- Pérez (Cadillac-Ferrari) 1.35.369 (C5)
- Stroll (Aston MartinHonda AMR26) 1.35.974 (C3)
- Alonso (Aston Martin-Honda AMR26) 1.36.536 (C3)
Photo F1



