Madame simule !

il y a 1 sem.

S’il est un reproche que l’on peut adresser aux voitures électriques, c’est leur déficit d’âme. Mais Porsche crée la surprise…

Il leur manque ce gros cœur dont les pistons palpitent sous le capot, ces rugissements rythmant les pulsations du conducteur. Avec un pack de batteries sous le plancher et un moteur aimanté veiné de cuivre, c’est plutôt le calme plat sur l’encéphalogramme émotionnel. Mais soyons juste : une électrique ne manque généralement pas de chevaux, qui ont une fougue « on/off » à l’accélération. Les plus sportives vous plaquent les vertèbres au siège dès qu’on titille leur pédale de droite. Pour avoir tâté du mode « Launch control » sur la Porsche Taycan GTS, je peux avouer que c’est un « waouw » sonore qui est sorti quand, accélérateur à fond, au lâché sec de la pédale de frein, le bolide m’a fait décoller en arrachant le bitume. À peine trois secondes, l’espace-temps nous séparant des 100 km/h, une banane accrochée au visage !

Ça n’empêche, les ingénieurs de Stuttgart ne sont pas des gens à se contenter de ces sensations de vitesse glanées dans un lisse mutisme mécanique. Il manquait quelque chose. Ce supplément d’âme, justement, qui au long de l’histoire de la marque n’a jamais omis d’envoûter les propriétaires d’un « flat six ». Alors ils ont succombé aux sirènes de l’artificialité en imaginant pour la Taycan une âme fictive baptisée « E-Shift ». Et le « pire », c’est que c’est réussi !

Bien sûr, Porsche n’est ni le seul ni le premier constructeur à jouer sur les cordes électroniques pour sonoriser ses bagnoles. Il y a quelques décennies déjà, jeune journaliste, j’avais eu l’occasion de tester chez General Motors une Opel Corsa diesel qui me balançait un gros son de V8 américain. Bon, cette musicalité sortait des modestes haut-parleurs de la citadine, gavés de basses. C’était drôle, et guère convaincant, mais l’idée était là. Elle a continué à germer, la technologie a évolué, et la révolution électrique la remet à jour.

Plus récemment, c’est chez Hyundai que j’avais retrouvé ce concept du « tout dans l’oreille », au volant d’une Ioniq 5N équipée du système Active Sound+. Montées rageuses dans les tours jusqu’aux pétarades d’un échappement fantôme, dictées par la simulation d’une fausse boîte de vitesses à double embrayage : j’avais pris un plaisir de dingue, mais avec la sensation de me retrouver dans un jeu vidéo, version améliorée de Gran Turismo.

Rien de tel chez Porsche. En sondant tous les systèmes développés depuis des années pour aboutir aux boîtes PDK, leurs ingénieurs sont parvenus à rendre cet « E-Shift » intuitif, raffiné, quasi naturel. Loin du tuning, ils nous plongent dans une triple expérience, à la fois sonore, tant vers l’extérieur du bolide qu’à l’intérieur de l’habitacle, physique au gré du passage des 8 rapports fictifs via les palettes (qui, autrement, servent juste à doser le freinage régénératif) et visuelle quand les yeux sont happés par l’aiguille s’agitant sur le compte-tours virtuel. Madame simule, certes, mais on se laisse immerger : la vocalise est sympa, la belle s’anime comme on aime, l’option devient addictive. On en oublie presque que c’est un ventriloque qui chante à sa place !

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