Edito - L’enfer, c’est les autres !
Quelle puissance sera considérée comme excessive ? Mystère : le seuil ne sera fixé qu’à l’automne. Mais on peut assurément compter sur la juste mesure, dans un pays capable d’infliger jusqu’à 90.000€ (!) de malus à certaines voitures, au nom de l’écologie. Les sanctions, en revanche, sont déjà connues : jusqu’à 15.000€ d’amende et un an de prison.
Mais revenons à nos moutons. Ou plutôt à nos chevaux. La loi RiPost, adoptée par le Parlement français, prétend répondre aux nuisances et aux drames impliquant de jeunes conducteurs. Chez nous aussi, certains voudraient s’en inspirer, notamment après le procès Falzone. Pourtant, à bien y regarder, la mesure relève davantage du réflexe politique que de la solution intelligente.
Car chaque accident impliquant un jeune au volant d’une grosse voiture fait les gros titres. À force, on finit par croire à une épidémie. C’est le même mécanisme que pour les accidents d’avion : spectaculaires et tragiques, mais heureusement rares. L’immense majorité des jeunes conducteurs de voitures puissantes ne terrorise heureusement pas les boulevards, ni n'écrase de mère de famille. Elle paiera pourtant pour quelques irresponsables.
Permettez-moi de prendre mon exemple personnel. J’ai commencé chez Auto Trends à 21 ans, avec moins de trois ans de permis. Avec une telle loi, impossible de conduire les Porsche ou Audi RS confiées à la rédaction. Je n’ai pourtant jamais eu le moindre accident (ni même un PV !) à leur volant. Et si cette règle avait existé en 2016, elle aurait aussi concerné Pierre Gasly, alors âgé de 20 ans et aux portes de la Formule 1. Absurde, non ?
Même VIAS (oui, le même institut qui vous rappelle régulièrement que rouler à 121 km/h sur autoroute fait de vous un criminel !), juge la mesure excessive dans les colonnes de la DH. Et pour cause : la puissance ne dit rien du cerveau situé derrière le volant. Benoit Godard, porte-parole de l'institut, y rappelait d'ailleurs que le footballeur Sofiane Kiyine ne conduisait pas une supercar lorsqu’il a décollé au-dessus d’un rond-point. Et ajoutait qu'une voiture puissante est souvent plus sécurisante qu’une citadine lancée au-delà de ses capacités !
Montrer la puissance du doigt permet surtout de détourner l'attention du vrai sujet : l’éducation et la formation. Alors si nos décideurs politiques wallons et bruxellois venaient vraiment à s'inspirer d'un de nos voisins pour mettre une mesure en place, qu'ils prennent plutôt exemple sur La Flandre : les jeunes conducteurs y suivent une formation complémentaire obligatoire pour apprendre à maîtriser leur voiture et réagir en situation d’urgence. Voilà une mesure utile, concrète et efficace. Bien sûr, cela coûterait sans doute un peu d'argent, mais cela semble nettement plus profitable à long terme qu'une nouvelle répression !




