16 fois plus de plaisir !
Vous glisser dans la peau d’un «pilote d’usine Lamborghini» l’espace d’un week-end de courses à Budapest, ça vous dit !?
Révisons
nos tables de multiplications : 4x4… 16 ! En conservant les quatre
roues motrices de la version de série sur sa Gallardo de course,
Lamborghini a créé un produit quasiment unique dans le monde des courses
en circuit. Cette technique, jugée trop… efficace par le législateur,
est en effet quasiment toujours interdite sur piste. Sauf, évidemment,
quand c’est le constructeur lui-même qui définit les règles du jeu.
Le
Lamborghini Blancpain Super Trofeo étant une coupe monomarque, le
célèbre taureau pouvait en effet agir à sa guise. Mais même si cette
Gallardo Super Trofeo est la plus efficace des voitures servant à une
telle compétition, elle n’en est pas moins extrêmement proche d’une
Lamborghini V10 de série. Le moteur gagne tout juste 10 chevaux grâce à
une cartographie un peu plus agressive tandis qu’esthétiquement, seul le
gros aileron arrière réglable diffère vraiment de ce que l’on trouve
d’origine. La suspension est à peu près d’origine mais un peu plus dure
et surbaissée. Quant à la transmission, elle conserve les quatre roues
motrices, ce qui constitue un cas unique en circuit. Cela nécessite un
pilotage très spécial, on le verra plus loin ! Les pneus slicks sont
fournis exclusivement par Pirelli. Quant aux freins, ils sont
spécifiques, tout comme l’ABS, spécialement «tuné» pour une utilisation
sur piste.
Enfin,
la Lamborghini Gallardo Super Trofeo reçoit évidemment tous les
éléments de sécurité que l’on retrouve habituellement sur les voitures
de course : arceau, siège baquet, harnais, extincteur, etc. D’un autre
côté, elle se trouve débarrassée de tous les éléments inutiles en
course, tels que matériaux insonorisants, tapis, siège passager, etc. De
quoi maigrir au total de 110 kilos, malgré les 35 kilos que coûte
l’arceau de sécurité. Du coup, le poids est limité à 1.300 kilos, soit
moins que l’Audi R8 GT3 avec laquelle j’ai disputé les 24H de Spa cette
année. Un résultat intéressant pour une voiture proche de la série et
équipée d’une transmission intégrale !
Le pilotage
La
prise en main, au départ, n’est pas évidente. D’abord, la position de
conduite est très abaissée, ce qui ne permet pas de cerner rapidement
les dimensions de la voiture. Le plus facile à gérer est la boîte de
vitesses. Elle reste séquentielle à commandes au volant, et se montre
encore plus rapide qu’en série. Il suffit de monter les rapports au
moment où la lumière rouge s’allume. Un jeu d’enfant, même si la poussée
des 570 chevaux impressionne, d’autant plus que le V10 se fait bien
entendre !
La
seconde difficulté ne vient pas non plus du freinage. Ca mord très
fort, très vite, et l’ABS empêche de faire des bêtises. La pédale est un
peu trop assistée à mon goût mais cela permet aux gentlemen drivers de
ne pas devoir appuyer trop fort sur la pédale de gauche (que,
personnellement, j’actionne du pied gauche vu l’absence de commande
d’embrayage).
La
clé pour aller vite est donc de bien cerner le comportement de la
voiture. Bien sûr, il y a moyen de plus ou moins bien l’adapter à son
pilotage en changeant la hauteur de caisse, la position de l’aileron
arrière ou la dureté des ressorts et des amortisseurs (en détente et
compression) mais il faut avant tout comprendre comment fonctionne la
transmission à quatre roues motrices. Si vous vous contentez de freiner
puis de tourner et d’accélérer progressivement, vous n’arrivez à rien !
Il faut freiner tard, entrer dans le virage en relâchant les freins
progressivement, laisser le train arrière se placer en léger survirage,
remettre un bref coup de gaz pour ne pas partir en tête-à-queue, puis
réaccélérer à fond, de manière brutale. Si vous utilisez la pédale de
gaz avec douceur, la puissance est transmise majoritairement aux roues
avant et vous sous-virez tristement en sortie de virage. Du coup, comme
la trajectoire s’élargit, vous devez relâcher l’accélérateur, vous
remettez les gaz encore plus précautionneusement, et le phénomène
empire. Et vous sortez 15 km/h moins vite du virage…
La
Super Trofeo nécessite donc un pilotage viril, limite brutal, afin de
bien transférer la puissance et le couple aux roues arrière. Si vous y
parvenez, vous vous extrayez du virage comme une flèche, en profitant
pleinement de l’avantage des quatre roues motrices. Dosage inutile, et
même proscrit ! Ainsi menée, elle offre une belle efficacité et beaucoup
de plaisir car elle se pilote très différemment des autres voitures de
circuit.
Les courses
Aspect
très sympa du Lamborghini Blancpain Super Trofeo : il n’y a pas moins
de trois courses par meeting. Une seule séance d’essais libres, une
qualification, et trois courses : ce qui s’appelle rentabiliser le temps
de piste ! Seul regret : que ces courses ne durent que 40 minutes. Avec
un changement de pilote obligatoire à mi-course, on n’a pas vraiment le
temps de se rendre compte qu’on est parti lorsqu’on doit déjà
s’arrêter. Mais cela rend l’exercice assez explosif, chacun partant «à
fond, à fond, à fond» ! Pour avoir eu l’occasion de remonter le peloton
des gentlemen drivers dans le premier tour de ma première course, je
peux vous dire qu’ils se battent comme des chiffonniers, comme si de
leur position dépendait leur propre vie ! Les joutes sont donc très
disputées et les accidents fréquents. Tout profit pour Lamborghini, qui
en profite pour vendre des pièces détachées !
Mais
tout cela se déroule toujours dans une ambiance bon enfant et tout ce
petit monde se retrouve après dans la superbe «lounge» Lamborghini pour
refaire la course !
Par Stéphane Lémeret