Auto Trends - Essais routiers
Jaguar XKR-S
Octobre 07, 2011 | 12:20
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De quoi fouetter un chat !

Ce chat-là, il adore qu'on le fouette !

550 chevaux. C'est ce que Jaguar tire du 5 litres V8 suralimenté. 550 chevaux, c'était aussi la puissance de la légendaire XJ220, supercar des années 90 qui jouait dans la catégorie des Ferrari F40-F50, McLaren F1 et autres Bugatti EB110. Plus près de nous, c'est surtout 40 chevaux de plus que la XKR "classique". C'est dire que lorsque Jaguar décide de proposer une version plus exclusive de ses voitures les plus exclusives, ce n'est pas pour gagner dix malheureux bourrins. Comment ont-ils extrait toute cette cavalerie supplémentaire ? Sans la moindre nouvelle pièce mécanique. Le V8 est resté inviolé. Il aura suffi de modifier la gestion électronique, et surtout de diminuer les contre-pressions en supprimant un silencieux de la ligne d'échappement.

En outre, tout ce qui influence le comportement de la voiture (tarage des ressorts, gestion du châssis et du différentiel, ESP, freinage…) a été upgradé pour offrir une voiture à la hauteur de sa propre puissance.



Ronny or not Ronny ?
Lorsqu'on découvre la XKR-S en vrai, on reste perplexe quelques secondes. Car on ne sait trop quoi penser des appendices aérodynamiques spécifiques : bouclier ajouré à la jonction avec le capot, prise d'air inférieure élargie, sortes d'écopes sur les côtés, spoiler en carbone sur le coffre… On se dit d'abord qu'un tuner haut de gamme ne renierait pas ce look. Mais après réflexion, il s'avère que tout cela "n'agresse" l'œil que dans des teintes un peu criardes, comme le bleu que vous avez en images.   
Plus tard, ce que j'ai dans le rétro me rassure : sur une XKR-S noire, ça le fait grave ! Et après tout, il fallait bien marquer le coup. Une XKR de 550 chevaux, on doit pouvoir la distinguer d'une «simple» XKR de 510 chevaux ! Dans l'habitacle par contre, on n'a rien touché. Il est irréprochable (si on oublie les quelques couinements ci et là), alors pourquoi le changer ? La seule distinction sont les sièges sport semi-baquets, revêtus de cuir naturel et portant une broderie "R-S". Bref, l'extravagance de la carrosserie contraste avec la classe conservée du cockpit. 

Le cœur battant

Dès qu'on est assis à bord et qu'on a fermé la porte, le cœur commence à battre. Le mien, bien sûr, mais surtout celui de la bête. Et cela se manifeste, comme sur toutes les Jag modernes, par un bouton de démarreur dont le rétro-éclairage rouge imite la pompe à vie. Tu parles d'une invitation ! On pousse le bouton et la Jaguar pousse son cri primal. Frisson… L'aiguille du compte-tours fait un bond au lancement du moteur et l'afflux de gaz dans l'échappement produit un mélange de grondement et de pétarade rageuse. Et encore, on nous a chauffé les voitures. J'imagine la même chose avec un échappement froid… De quoi faire savoir aux voisins que vous vous mettez en route ! 
Prix : 132.900 € TVAC
Puissance : 550 ch
V-max : 300 km/h

Conso. mixte : 12,3l/100km
CO2 : 292 g/km 


  Ce sont des choses qu'on répète toujours avec ce genre d'engin, mais oui, la mise en mouvement est aussi douce que le look ou le son au démarrage sont hardcore. Durant les premiers kilomètres, c'est sur la boîte automatique 6 rapports qu'on s'extasie. Suavité des passages, justesse des choix de rapports, promptitude incroyable à réagir au kickdown. On peut ne jurer que par les boîtes robotisées à double embrayage mais franchement, en quoi sont-elles plus épatantes que celle-ci !? Et encore, on n'a pas tout vu.

Feulement en Algarve

L'itinéraire qui nous a été concocté dans une des plus belles régions d'Europe est tout simplement parfait. Des routes sinueuses à souhait, des ascensions, des descentes, des lignes droites et à part une demi-douzaine de gros félins de métal, pas un chat. Ou plutôt si : juste de quoi effectuer quelques dépassements comme vos fantasmes en sont peuplés.

Dans ce décor, la XKR-S est magnifiée et celui qui la conduit en prend plein la vue, plein les oreilles, plein partout. Premièrement, le moteur est une pure merveille. Nous avions vu qu'il était très disponible à bas régime en ville, mais ce qu'il donne dans les régimes intermédiaires est fabuleux. Remettez la gomme à 2.500 tours et regardez-le essorer le compte-tours, direction zone rouge. A mesure qu'on s'en rapproche, la sonorité se fait de plus en plus forte mais en conservant toujours cette note… comment dire… féline. On est plus dans le registre animal que dans celui de la mécanique de pointe. Puis il faut changer de rapport et là bien-sûr, pour le plaisir, on est passé en S et en manuel, avec les palettes au volant. Revoilà la comparaison avec une double embrayage : comment une boîte auto peut-elle passer d'un rapport à l'autre aussi vite !? Mieux encore, comment peut-elle être si obéissante quand on lui demande de redescendre d'un ou deux rapports en approche de courbe ? Moi, j'ai pas tout vu, mais j'ai rarement vu ça. Le plus beau est que cet exercice est accompagné d'un "brobrop" du moteur absolument divin, comme peu de voitures de cette catégorie, trop bien élevées pour de telles manifestations d'enthousiasme, osent en produire.
La Jaguar XKR-S
en quelques chiffres
Moteur : V8, 5.000cc;
550ch à 6.500tr/min;
680Nm de 2.500 à 5.500 tr/min.


Transmission
: aux roues arrière.

Boîte : auto 6 rapports.
L/l/h (mm) : 4.794/1.892/1.312
Poids à vide (kg): 1.753
Volume du coffre (l) : 330
Réservoir (l) : 71
0 à 100 km/h (sec.) : 4,4

+

Moteur enivrant

Boîte irréprochable

Performances accessibles 
Et puis il y a la direction, une autre de mes marottes. Chez Jaguar, elle a toujours été un mélange de légèreté et de précision, à défaut d'être toujours très communicative. Tourner le volant d'une Jaguar, c'est comme caresser un chat. Sous la douceur, on sent l'agilité latente du corps. Agilité, voilà un mot qu'on ne s'attend pas à utiliser parlant d'un engin de 1.700 kilos et long de 4,8 mètres. Pourtant sur ces routes étroites du sud du Portugal, on est en parfaite confiance. J'ai plus de deux mètres de capot devant moi et pas une seconde je ne me dis "Ca va aller, là ?". Cette voiture, on la sent dans son corps, son équilibre est sans reproche et il faut vraiment le faire exprès (ou vraiment se rater) pour voir l'ESP trois mode (normal, sport ou off) s'affoler. 



Finition perfectible

Look un peu too much ?

Enfin, il y a le châssis. N'étant pas et ne me fantasmant pas pilote, l'ultime efficacité d'une voiture me préoccupe moins que certains de mes collègues. Ce que je peux vous dire, c'est qu'il fait un job remarquable dans les mains d'un conducteur qui sait ce qu'il fait, et que Jaguar a trouvé la formule magique pour proposer une voiture ayant la raideur qu'on attend d'une vraie sportive et la prévenance indispensable sur les routes belges, par exemple. Et ce même en mode Sport.

Conclusion

La XKR-S est l'une des plus fantastiques voitures qu'il nous ait été donné de conduire. Dans cette catégorie, d'autres figurent sur notre liste Euromillions. Mais avec aucune autre nous n'aurions osé rouler comme nous l'avons fait ! 
 

Laurent Zilli




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