Attention, best-seller !

Pour une marque qu'on s'obstine à présenter comme au bord du gouffre, Opel tient pourtant une forme d'enfer puisque le constructeur va lancer trois modèles importants en moins de six mois. Premier tir : le crossover compact Mokka !

Non, vraiment, je ne vois pas comment Opel pourrait ne pas redresser la tête très rapidement. Il y a la Corsa qui malgré un look un peu vieillissant (surtout comparé aux autres Opel) reste une valeur sûre de son segment. Il y a l'Astra à la gamme ultra complète qui convainc de plus en plus de conducteurs. Il va y avoir l'Adam qui déboulera dans un segment encore inconnu pour Opel mais qui, sur papier du moins, a de quoi se tailler une place de choix. Il va y avoir aussi, début 2013, le splendide cabrio Cascada. Et il y a maintenant ce Mokka. Franchement, ce n'est pas la cadence de lancements (et le succès commercial) d'une marque prête à rendre l'âme !

Contre-pied
A mon humble avis, le Mokka va être un grand contributeur à la remise en forme d'Opel. Il n'y a qu'à le regarder pour le comprendre. Vous avez sûrement remarqué que la plupart des véhicules "hauts sur pattes", des gros SUV aux crossovers les plus compacts, tendent à afficher des lignes discrètes, voire inoffensive. A l'exception du Nissan Juke, qui joue à fond l'originalité, tous les concurrents (Qashqai, Mitsu ASX/Peugeot 4008/Citroën C4 Aircross, Skoda Yeti…) préfèrent arborer un design le moins agressif possible, histoire de faire oublier qu'ils appartiennent à un segment certes populaire, mais néanmoins politiquement incorrect. Le Mokka prend le contre-pied. Lui, c'est un barbu tatoué. Son look est comme on dit en anglais "In your face" ! Profil musclé, face agressive… Nous, franchement, on apprécie ce côté assumé. Dans un segment à la limite de la fadeur, voilà qui va secouer le cocotier. Bon pari aussi de la part d'Opel dont le Mokka sera immanquablement plus remarqué dans le paysage que le sont ses rivaux.
Passé l'effet «WOW» du look, on s'installe à bord pour découvrir quelque chose de plus conventionnel. Là, le Juke reste infiniment plus original. Dans un Mokka, on identifie immédiatement la parenté Opel, avec un dessin sobre et une console centrale affichant les innombrables boutons (garants selon nous d'une véritable ergonomie) du système d'info-divertissement de la marque. L'équipement est d'ailleurs un autre point fort du Mokka, puisqu'il reçoit des choses introuvables chez les autres. On citera les phares bi-xénon à faisceau actif ou encore l'Opel Eye 2, capable de lire les panneaux de signalisation, de mesurer la distance qui vous sépare de la voiture qui précède et donc de gérer le système de prévention de collision, ainsi que l'avertissement de changement involontaire de bande. Pour le reste, les sièges sont ergonomiques et fermes juste ce qu'il faut, l'habitabilité est dans la bonne moyenne, le coffre est par contre un tout petit peu chiche et si la qualité générale ne détonne pas avec ce qu'on trouve dans les autres Opel, notre œil affûté identifie quelques faiblesses de finition qui nous font dire que le Mokka est d'abord né Chevrolet Trax. D'ailleurs, il est produit en Corée.

Les Plus
• Look
Equipements disponibles haut de gamme
Tarifs compétitifs
Compromis confort/dynamisme
Consommation du diesel

Les Moins
Diesel trop bruyant
1.4 Turbo un peu mou
Coffre moyen


Sur la plage
Comme tout bon crossover du genre, le Mokka sera disponible en simple traction ou en 4x4. Dans ce dernier cas, la répartition en conditions normales est comme de coutume de 100% sur l'avant, mais Opel a recours à un embrayage électromagnétique capable d'envoyer jusqu'à 50% du couple au pont arrière. Aucune intervention du conducteur n'est nécessaire, la répartition est gérée automatiquement et on ne trouve d'ailleurs à bord aucun bouton permettant de verrouiller la transmission en 50/50. De toute façon, le Mokka n'a pas vocation à jouer les baroudeurs et même Opel estime à 1% la portion de clients qui sortira, exceptionnellement, de l'asphalte. Il n'empêche que les Ardennais apprécieront, surtout l'hiver. Pour avoir essayé une version 4x4 sur un morceau de plage (avec la permission des autorités compétentes), nous pouvons vous rassurer sur l'efficacité du système. Avec de bons pneus hiver, la neige ne devrait donc pas arrêter un Mokka 4x4. Soulignons enfin que la transmission 4x4 ne représente un supplément de poids que de 65 kilos par rapport à une simple traction avant. Son impact sur la consommation est donc limité.

Raclements de gorge
Sous le capot du Mokka, Opel propose trois moteurs : un 1.6 essence 115ch (uniquement avec transmission 4x2), un 1.4 Turbo essence 140ch (uniquement avec transmission 4x4) et le bon vieux 1.7 diesel 130ch. Le 1.6 de base est associé à une boîte manuelle 5, les 1.4 et 1.7 diesel avec une 6 rapports et une boîte auto 6 est disponible avec le moteur 1.7 CDTi 2 roues motrices. Toutes les versions reçoivent le Stop&Start en série.
Nous avons commencé les essais par le 1.7 CDTi associé à la transmission avant et la boîte manuelle et nous avons été agréablement surpris par la maitrise de la consommation : en conduite paisible sur une nationale, l'ordinateur de bord affichait facilement moins de 5 litres (comptez un peu plus de 5 litres réel). La bonne impression se confirmera plus tard, lorsque pour rattraper le temps perdu dans d'interminables bouchons nous avons calé le Mokka sur l'autobahn à sa vitesse maxi de 190 km/h. Et la moyenne est restée sous les 7 litres. Le seul problème de cette version, c'est la sonorité du moteur dont la rugosité me semblait au début bien en accord avec le look un peu brut. Mais finalement, non. Trop de décibels, surtout en phase d'accélération. Et le fait que les performances soient dans la bonne moyenne le fait à peine oublier. Le ton change évidemment avec le 1.4 Turbo (version 4x4). Lui est silencieux en toutes circonstances, mais il ne faut pas hésiter à l'envoyer vers la zone rouge pour en tirer du bon jus. A régimes bas et intermédiaires, le moteur est agréable à défaut d'être très vif. Mais nous vous avons déjà souvent expliqué le problème d'Opel et de ses moteurs relativement âgés qui doivent, pour rester à des niveaux d'émissions acceptables, être mariés à de longues boîtes qui les musellent. Cela dit, c'est largement moins ennuyeux ici que dans une Astra GTC de 180 chevaux. On le pardonne d'autant mieux que le Mokka, posé sur des suspensions classiques (comprenez non pilotées) affiche un comportement très rigoureux. Opel a de plus eu la bonne idée de ne pas compenser la hauteur de caisse par un amortissement exagérément dur. Le compromis entre le confort et une fermeté sportive qui répond au design a donc été bien défini.


Laurent Zilli

Conclusion
Entre un moteur diesel trop bruyant et un moteur essence qu'on voudrait plus énergique, le Mokka a des défauts. Mais si nous devions dépenser des sous dans ce segment, pour le look, la qualité générale et les tarifs plus compétitifs qu'ailleurs, il pousserait la porte d'un concessionnaire Opel !


L'Opel Mokka 1.4 Turbo 4x4 en quelques chiffres
Moteur : 4 cylindres turbo, 1.364cc; 140ch à 6.000tr/min; 200Nm de 1.850 à 4.900tr/min
Transmission : intégrale permanente.
Boîte : manuelle 6 rapports.
L/l/h (mm) : 4.278/1.777/1.658
Poids à vide (kg): 1.350
Volume du coffre (l) : 366-1.372
Réservoir (l) : 53
0 à 100 km/h (sec.) : 9,9


Prix : 22.290€ TVAC
Puissance : 140 ch
V-max : 190 km/h
Conso. mixte : 6,4l/100km
CO2 : 149 g/km

Quelques autres versions
1.6i : 115ch, 6,5l/100km, 170km/h, 17.490€ TVAC.
1.7 CDTi 4x2: 130ch, 4,5l/100km, 187km/h, 22.190€ TVAC.
1.7 CDTi 4x4: 130ch, 4,9l/100km, 184km/h, 24.190€ TVAC.